Zemmour, Pécresse, la nouvelle guerre des droites : « Je veux rendre le droit de vote aux électeurs du Front national et rendre la droite aux électeurs LR »

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Le ralliement de Guillaume Peltier, dimanche dernier, à la candidature d’Éric Zemmour est-il un « non-événement » qui ne mérite pas d’être davantage commenté, comme voudrait le croire Valérie Pécresse ? Ou s’agit-il au contraire d’un « tournant » dans la campagne présidentielle, comme se plaît à l’imaginer Éric Zemmour ? Il est certes trop tôt pour tirer des leçons définitives de ce départ de l’ancien numéro deux des Républicains. Reste que le parcours zigzaguant de Guillaume Peltier raconte à lui seul une histoire de la droite.

Guillaume Peltier a été de toutes les droites. Il s’est laissé séduire dans sa jeunesse par Jean-Marie Le Pen, avant de rejoindre Philippe de Villiers. En 2002, il est depuis un an à la tête des jeunes du Mouvement pour la France (MPF) lorsque le président du Front national se qualifie pour le second tour de la présidentielle. Premier échec.

En 2007, il porte à bout de bras la campagne de Villiers. Veste étroite, jean serré, allure de jeune premier, il bat l’estrade avec talent, se montre sur les plateaux de télévision, mais ne peut empêcher le naufrage de la candidature du président du MPF. Philippe de Villiers obtient 2,23 % des suffrages. Deuxième échec. En secret, Guillaume Peltier confie qu’il aurait rêvé de participer à l’aventure sarkozyste dont la campagne buissonnière résonnait au plus profond de son âme. Il se persuade que pour faire gagner ses idées, il se doit désormais de rejoindre le parti majoritaire.

Il prend sa carte à l’UMP. Xavier Bertrand et Brice Hortefeux seront ses premiers parrains. Il se fraye bientôt une place dans le cercle des sarkozystes, aidé dans son entreprise par Patrick Buisson, qui pèse alors de tout poids, pour sauver la campagne du chef de l’État. En 2012, il compte parmi les porte-parole de Nicolas Sarkozy. François Hollande l’emporte d’un rien alors qu’il était promis par les sondeurs à une large victoire. Nouvelle désillusion pour Guillaume Peltier. Nouvel échec à une présidentielle.

Aujourd’hui, ils sont nombreux à imaginer que Guillaume Peltier est un oiseau de mauvais augure. « Je pense qu’Éric Zemmour peut aller poser un cierge : là où Peltier passe, les campagnes trépassent » , se moque Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national. C’est oublier un peu vite que de ses échecs répétés, Guillaume Peltier a tiré plusieurs leçons.

« Je suis le seul qui peut rassembler ces deux électorats, artificiellement séparés. Les LR ne voter ont jamais pour Marine Le Pen. Les RN ne voteront jamais pour Valérie Pécresse. Mais les deux peuvent voter pour moi. »

En novembre 2012, tandis que Jean-François Copé et François Fillon se déchirent pour la présidence de l’UMP, Guillaume Peltier mène la bataille des idées pour peser dans le parti. Il crée, avec Geoffroy Didier, La Droite forte. « J’ai perdu beaucoup de campagnes, mais ça m’a appris une chose essentielle : une campagne, c’est un début, un milieu, une fin. Ça ne sert à rien de commencer en fanfare pour finir en pschitt. Ou de patiner au début pour terminer en beauté », confie-t-il alors à Geoffroy Didier pour le convaincre qu’ils peuvent l’emporter. Leur objectif ? Faire vivre et prospérer l’héritage politique de l’ancien président quand la plupart des barons de l’UMP n’ont qu’une hâte : refermer la parenthèse sarkozyste ouverte en 2007.

Alain Juppé, Xavier Bertrand, Bruno Le Maire, Benoist Apparu, Nathalie Kosciusko-Morizet soutiennent une autre motion : la Boîte à idées. Laurent Wauquiez (droite sociale) et Jean-Pierre Raffarin (droite humaniste) défendent l’un et l’autre la leur. Les vilains petits canards de La Droite forte multiplient les déplacements, sillonnent la France et les fédérations. Ils ne sont rien ou pas grand-chose et pourtant c’est bien La Droite forte qui s’impose et arrive en tête dans 60 départements. Guillaume Peltier, qui ne dispose encore d’aucun mandat, devient néanmoins incontournable dans l’appareil. « Guillaume, en six mois, tu m’as rattrapé », lance, beau joueur, Laurent Wauquiez.

Maire de Neung-sur-Beuvron puis élu député en 2017, Guillaume Peltier devient bientôt le vice-président de Laurent Wauquiez. L’élection d’Emmanuel Macron a tout chamboulé. L’heure est à la grande recomposition. Après avoir tué le Parti socialiste, le président vient faire les poches des Républicains : Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin viennent se fondre dans la nouvelle majorité présidentielle et s’emparent des portefeuilles les plus prestigieux.

Cinq ans plus tard, « la poutre travaille encore », assure Édouard Philippe, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron. Horizons, le parti qu’il a créé, a accueilli Christian Estrosi, le maire de Nice, et Hubert Falco, le maire de Toulon. Le départ de Guillaume Peltier montre que les Républicains sont travaillés de toutes parts, déchiré entre les élus Macron-compatibles et ceux qui souhaitent en finir avec le progressisme arrogant du président.

« Je suis le premier, mais pas le dernier. C’est le début d’une vague montante. » Dimanche dernier, sur Europe 1, l’ancien numéro deux des Républicains s’aventurait à prédire que son départ en augurait d’autres. « Énormément d’adhérents Les Républicains veulent que cela change. » Une manière d’acter que la recomposition de la droite se ferait par ses électeurs et non ses élus.

La résilience de Marine Le Pen

Les élus ? Ils ont trop à perdre à se risquer aujourd’hui dans la campagne d’Éric Zemmour. Valérie Pécresse paraît, à ce jour, un placement plus sûr pour qui veut espérer décrocher un maroquin ministériel. Éric Ciotti en est le meilleur exemple. S’il s’est dit prêt à voter pour Éric Zemmour face à Emmanuel Macron et partage nombre des combats du candidat de Reconquête !, il est resté sourd à ses appels à le rejoindre. Il n’est pas le seul. Nadine Morano, Julien Aubert et François-Xavier Bellamy paraissent être dans la même disposition d’esprit. Le cas du philosophe et eurodéputé LR fait dire à Philippe de Villiers : « Il me fait penser à moi lorsque je soutenais Raymond Barre. » La candidate LR s’est employée à ce que chaque composante de sa famille trouve une place dans l’organigramme de sa campagne et assuré Beauvau, Matignon, Bercy à qui veut la croire. Reste que son avance dans les sondages est légère et fond comme neige au soleil, au point de rendre chaque jour qui passe plus illusoires ses promesses.

Valérie Pécresse semblait, au lendemain de sa victoire au congrès, avoir pris un avantage décisif sur Éric Zemmour et Marine Le Pen. Au point que la presse s’empressait déjà de mettre en scène sa confrontation avec Emmanuel Macron. Mais depuis le début janvier, la candidate du Rassemblement national, après avoir résisté, en octobre, au blitzkrieg de l’ancien journaliste du Figaro, conforte, sondage après sondage, sa deuxième place dans les intentions de vote. Ce qui rend d’autant plus inévitable le duel entre Valérie Pécresse et Éric Zemmour. Le candidat de Reconquête ! l’a compris.

Observateur acide de la vie politique avant de s’y aventurer à son tour, Éric Zemmour sait qu’à ce jour, il a fait le plein de voix parmi les déçus de Marine Le Pen et doit désormais, pour espérer se qualifier, ferrailler avec Valérie Pécresse pour lui disputer les suffrages des anciens électeurs de François Fillon. Aux Sables-d’Olonne, c’est l’analyse qu’il partageait avec Philippe de Villiers et Patrick Buisson lors de leurs retrouvailles.

« Je veux rendre le droit de vote aux électeurs du Front national et rendre la droite aux électeurs LR. »

Pendant des années, ce trio a rêvé de ce scénario improbable. Ensemble, les conjurés de la Rotonde rêvaient de cette impossible union des droites et devaient se ranger à cette évidence : la stratégie du cordon sanitaire, imaginée par François Mitterrand voilà trente ans, avait de beaux jours devant elle. La droite ne cessait d’être l’otage de la gauche. Ils pouvaient bien écrire des livres brillants, armer une nouvelle génération au combat culturel, leurs intelligences redoutables se heurtaient toujours à cette “droite castor” qui ne sait faire que barrage. Nul dans le personnel politique n’était prêt à assumer cette rupture. C’était sans compter sur la folle entreprise d’Éric Zemmour de vouloir réconcilier les catégories populaires avec cette France bourgeoise.

À Valeurs actuelles , Éric Zemmour confiait fin décembre : « Je suis le seul qui peut rassembler ces deux électorats, artificiellement séparés. Les LR ne voter ont jamais pour Marine Le Pen. Les RN ne voteront jamais pour Valérie Pécresse. Mais les deux peuvent voter pour moi. C’est pourquoi je veux rendre le droit de vote aux électeurs du Front national et rendre la droite aux électeurs LR. » Il se battait alors sur deux fronts. Aujourd’hui, son entourage assume que ses marges de progression dans les sondages sont essentiellement à trouver chez LR. La bataille promet d’être cruelle.

C’est bien tout le paradoxe de Valérie Pécresse. Pour maximiser ses chances de se qualifier au second tour de la présidentielle, la candidate LR a besoin qu’Éric Zemmour soit le candidat de cette droite hors les murs. Et pour cause : si Éric Zemmour devait ne pas obtenir ses cinq cents parrainages, son absence lui serait fatale. Mais dans le même temps, la candidature d’Éric Zemmour lui impose une forme de primaire dont il est hasardeux de prédire qui sortira vainqueur.

Son autorité mise à mal par le passe vaccinal

Les oscillations du sismographe politique font craindre à certains un tremblement de terre : plus que la présidentielle, les Républicains jouent leur survie politique. Le fléchissement de Valérie Pécresse dans les sondages fragilise sa position et les espérances de ceux qui songent à faire carrière. Certes, elle est en capacité de beaucoup promettre, mais, comme le regrette un proche de la présidente de la région Île-de-France, « l’investissement dans la campagne de nombre de barons est pour l’heure encore très défensif ». Pire, son autorité a été mise à mal par le vote LR sur le passe vaccinal. En politique, le virus de la division est un mal plus mortel qu’Omicron.

Prise en tenaille entre Emmanuel Macron et Éric Zemmour, Valérie Pécresse se doit de choisir son adversaire au risque de n’en affronter aucun au second tour de la présidentielle. En créant Libres !, son mouvement, en 2017, la présidente de la région Île-de-France avait fait du slogan “ni Macron, ni Buisson” la ligne de sa conduite politique. Les paroles s’envolent, mais les écrits restent. En 2012, à celui qui était le maître d’œuvre de la campagne de Nicolas Sarkozy, elle avait adressé, au lendemain de la défaite du président, un mail de remerciement. « Cher Patrick, votre campagne était la bonne. » Dès lors, quelle Valérie Pécresse croire ? Celle qui félicitait Patrick Buisson, en 2012, ou celle qui appelait à voter Emmanuel Macron en 2017 ? C’est bien l’enjeu de cette campagne et de cette primaire qui l’oppose à Éric Zemmour. La victoire du centre ou la résurrection du RPR.

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