[Tribune] La droite et la gauche ont tué la Ve République

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Jamais une présidentielle n’aura vu s’affronter tant de prétendus gaullistes. Revendiquer cet héritage, c’est vouloir se parer des habits du Général pour laisser à penser que l’on est courageux, patriote et doté d’une vision pour la France. Mais voilà, Charles de Gaulle a créé un régime semi-présidentiel à sa taille pour en finir avec l’instabilité politique des IIIe et IVe Républiques, modèle depuis déconstruit sans que cela n’émeuve quiconque, alors que c’est une des causes de l’abstention devenue majoritaire au fil du temps.

« La démocratie politique au sens de la Ve République est morte en France » ; ce n’est pas Éric Zemmour qui le dit mais François Sureau, ardent défenseur des libertés.

La démagogie au début des années 2000 avait fait peser tous les maux de l’époque sur le septennat. Las de l’image de Président Monarque renvoyée par le Tonton de la gauche, la droite voulait donner au moins une raison de voter pour elle en 2002 en réduisant la durée du règne, après un mandat principalement marqué par une dissolution ratée. Jacques Chirac et Lionel Jospin, co-responsables de cette double erreur fondamentale qu’aura été l’alignement du mandat législatif sur le nouveau quinquennat présidentiel, ont ainsi anéanti la démocratie française. La démagogie paroxystique a réussi à transformer l’Assemblée nationale en faire-valoir d’un régime devenu présidentiel.

Pendant un quinquennat, le parti majoritaire, composé essentiellement de députés godillots plus soucieux de préserver leurs rentes que de l’intérêt général, se range sur les positions d’un président dont la seule obsession est sa propre réélection. En face, l’opposition, condamnée au mutisme, en est réduite à s’agiter pour exister.

Le pouvoir législatif est dissout dans l’exécutif. La séparation des pouvoirs, « première condition d’un gouvernement libre » comme l’indiquait déjà la Constitution de 1848, est abolie à bas bruit. Cette situation s’est renforcée avec un président centralisateur et jupitérien ; le député de Vaucluse, Julien Aubert, qualifiait récemment, assez justement, le Parlement de « photocopieuse de M. Macron » après des heures de débat sur le budget de l’écologie, sans qu’aucun amendement n’ait été accepté.

Le pouvoir législatif est dissout dans l’exécutif. La séparation des pouvoirs, abolie à bas bruit.

Ceci est d’autant plus flagrant que la représentation à l’Assemblée nationale ne correspond en rien à la diversité de l’offre politique ; quel est donc ce système qui conduit à ce que Marine Le Pen, qui a rassemblé sur son nom et son programme 10 600 000 Français, ne dispose pas même de 15 députés, l’empêchant ainsi de former un groupe parlementaire ? Serait-il acceptable que des candidats à la présidentielle qui rassembleraient plus de 10 % des suffrages puissent subir le même sort ?

Il est vrai que La République en marche, loin de l’oxygénation promise, a usé de sa position hégémonique jusqu’à en perdre la majorité absolue à l’Assemblée. Résultat des courses, le nouveau monde en marche ou comment passer de 314 députés à 268 et finir à la merci d’un parti mis en examen. Gageons tout de même que la “dose de proportionnelle” si souvent promise au nom de la démocratie, en restera au stade de l’idée.

Bien que la démocratie fonctionne mal en France et que tous en conviennent, les candidats à l’Élysée investissent timidement le terrain institutionnel, peu porteur dans les sondages. Que faire alors ? Commencer par permettre au peuple de s’offrir des respirations démocratiques et pour cela, il faut séparer à nouveau les pouvoirs, en décalant les mandats des députés et du président. Puis faire refléter la France dans sa diversité sociale au sein d’une Assemblée nationale élue partiellement à la proportionnelle, peut-être sur un modèle inspiré des élections municipales. Cette représentation ainsi devenue nationale, pourrait se recentrer sur ses missions de contrôle de l’action gouvernementale et d’évaluation des politiques publiques.

Un choc de simplification est nécessaire pour stopper la course aux amendements inutiles et aux manœuvres politiciennes

Le rôle du Parlement n’est pas de passer son temps à voter des lois ; un choc de simplification est nécessaire pour stopper la course aux amendements inutiles et aux manœuvres politiciennes, qui certes garantissent une bonne place sur NosDéputés.fr, mais décrédibilisent l’action parlementaire.

Enfin, pour revenir à l’esprit de la Ve République, il convient de laisser le gouvernement déterminer et conduire la politique de la nation. Cela implique de ne pas nommer un fonctionnaire à Matignon, si capable soit-il de concurrencer les meilleurs directeurs d’administrations centrales, mais bien d’installer une personnalité politique capable de penser la France et de comprendre les Français. Ce n’est pas un sujet qui intéresse McFly et Carlito malheureusement ; mais si rien n’est fait pour que demeure le principe du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », il ne faudra plus se plaindre en 2022 des conséquences dont on se refuse à corriger les causes.

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