[Tribune] Botticelli, les activistes écolos et le thermomètre

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Des activistes climatiques s’en sont pris, le week-end dernier, à un tableau majeur de la peinture italienne, Le printemps de Sandro Botticelli, allégorie de l’identité européenne, car renvoyant tant aux mythes gréco-romains qu’à la religion chrétienne. Avant eux, d’autres engagés enragés, anglais ceux-là, avaient multiplié les attaques ciblées contre ces morceaux d’humanité que sont les œuvres d’art, en prenant pour cible La Charrette de foin de John Constable ou encore une copie de La Cène. Dernièrement, en France, un militant s’attaqua, en l’entartant, à la Joconde, d’ordinaire habituée au défilé incessant de touristes en short venus la photographier.

Ces défenseurs de la cause climatique rejouent, souvent sans en être conscients, le clivage ancestral et profondément lié à cet Occident que la plupart d’entre eux honnit entre culture et nature. En délicatesse avec la première, que leurs maîtres d’école ne leur ont pas transmis en raison d’un nivellement par le bas de l’enseignement et qu’ils n’ont pas fait l’effort de s’approprier, ils ont choisi la seconde : après tout, pour citer Goethe, « les hommes déprécient ce qu’ils ne peuvent comprendre ». Désormais, non contents de le déprécier, ils l’effacent au nom de la cancel culture (qui, plus encore qu’une culture de l’effacement, est un effacement de la culture). Et apposent le mot nature à leur cause qui témoigne davantage de leur dégénérescence que d’un amour pour les charmes bucoliques, les paysages intemporels et les paradis terrestres inexplorés.

La droite de l’échiquier politique doit comprendre qu’elle doit, elle aussi, lutter contre les excès dus à certains de nos modes de vie.

L’urgence culturelle est aujourd’hui aussi capitale que l’urgence environnementale : les militants climatiques sont certes en droit de se poser la question de l’habitabilité de la planète, menacée par les dérèglements climatiques, mais devraient se demander à quoi bon habiter le monde si l’on ne prend plus guère le temps d’apprécier les oeuvres, qu’elles soient artistiques ou littéraires, ayant marqué de leur empreinte le cheminement des siècles. Chacun doit aujourd’hui comprendre que ce n’est pas Sandro Botticelli qui a cassé le thermomètre et que, si les températures montent, le regard de Mona Lisa ne peut être tenu pour responsable.

La droite de l’échiquier politique doit également dépasser sa tendance à prendre systématiquement le contre-pied des écologistes, dans un réflexe pavlovien, et comprendre qu’elle doit, elle aussi, lutter contre les excès dus à certains de nos modes de vie. Si nous ne devons pas tomber dans le piège de prendre une carte météo, valable à un instant bien précis, pour élaborer des prévisions climatiques à plus ou moins long terme, nous ne devons pas faire mine d’ignorer que les périodes caniculaires se multiplient, avec des conséquences qui se révéleront de plus en plus dramatiques.

Plus que jamais, nous devons réconcilier culture et nature pour nous assurer un avenir moins sombre et, surtout, garantir, que les forêts cessent de brûler et les charmes de notre civilisation de se consumer.

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