Théodule Ribot, le peintre des humbles

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Il a, comme un poète tragique, dressé des calvaires, déployé l’horreur des supplices, et il a dit en même temps avec la familiarité d’un conteur, le calme du logis, les jours bonnement égrenés, les tâches quotidiennes et jusqu’au modeste rôle des objets du ménage. Au lendemain de la mort de Théodule Ribot, en 1891, le directeur du Journal des artistes, Raoul Sertat, rappelait avec chaleur la variété de l’œuvre d’un artiste autodidacte dont la vie discrète et modeste a peut-être contribué à tarir la postérité.

Un peintre aux oeuvres négligées par l’histoire

Est-ce parce qu’il adopta une voie singulière, faisant osciller son pinceau entre les maîtres anciens et les chemins du “réalisme” social adulé de ses contemporains dans la seconde moitié du XIXe siècle, que sa peinture ténébriste radicale fut négligée par l’histoire ? Deux ans après une rétrospective à Colombes, l’exposition “Théodule Ribot, une délicieuse obscurité” du musée des Augustins de Toulouse – qui rejoindra ensuite les musées de Marseille et Caen – offre une nouvelle opportunité de découvrir cet artiste et ses sources d’inspiration.

Dans la lignée des natures mortes de Chardin, inspirant une silencieuse contemplation, tributaire des bodegones, frontaux, des maîtres espagnols du Grand Siècle dont il cite la palette ténébriste pour mieux faire rejaillir les ustensiles rugueux et modestes qu’il exalte, Ribot se révèle d’une maestria particulière dans ce registre où il immisce des motifs contemporains suscitant une sombre fascination.

Adressant un regard tendre au monde modeste qui l’entoure, il peint avec une palette jouant d’un clair-obscur radical ces cuisiniers dont il fera sa carte de visite, emplissant les expositions du Salon de leurs figures dans les années 1860 – lorsque, enfin, le jury de cet incontournable rendez-vous académique aura accepté d’y recevoir ses œuvres.

Une déconcertante sincérité du milieu simple qui l’entoure

C’est cette vérité surgie de l’existence des humbles qu’exalte Ribot

Les mains et les visages noircis par le travail, ces modestes que capture le pinceau sans condescendance de Ribot aspirent moins à la ressemblance réaliste qu’ils ne témoignent avec une déconcertante sincérité du milieu simple qui l’entoure. Des portraits des siens, usant des tintements sourds de la palette rembranesque aux attitudes toutes vermeeriennes de sa jeune musicienne surprise à pincer maladroitement les cordes d’une guitare, c’est cette vérité surgie de l’existence des humbles qu’exalte Ribot. Une intransigeance sur la réalité plastique qui perce, aussi, derrière ses puissantes toiles religieuses, usant de cadrages habiles pour immerger son spectateur au plus près des saints et des misérables…

Léguant pour élèves à la postérité deux de ses enfants devenus peintres, Théodule Ribot fut un artiste hors du temps. Négligeant parfois le sien, dont il ne retint pas les réflexions plastiques d’un monde impressionniste essentiellement bourgeois, adoubant souvent celui des maîtres anciens (de Ribera à Rembrandt), il demeure un visage singulier de la peinture française, dont cette exposition livre un précieux témoignage.

Théodule Ribot (1823-1891), une délicieuse obscurité, musée des Augustins, Toulouse (Haute-Garonne), jusqu’au 10 janvier 2022.

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