Sommet des Brics: la Chine et la Russie cherchent une alternative au G20

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Pris individuellement, le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud bénéficient d’une certaine attention, mais leur association autour de l’acronyme Brics ne suscite plus l’intérêt engendré il y a une décennie quand ces économies dites émergentes ont choisi de se réunir annuellement pour tenter de faire entendre leurs voix sur la scène internationale. A deux jours du 14e sommet présidé par la Chine et organisé en distanciel, la plupart des médias occidentaux n’en font pas écho, considérant sans doute que ce serait accorder trop d’honneur à une coalition où figurent notamment les deux grands méchants loups du moment — la Russie et la Chine. Pourtant, compte tenu du contexte actuel de la guerre en Ukraine, cette réunion internationale, la première à laquelle Vladimir Poutine participera depuis le 24 février, revêt une importance non négligeable dans la mesure où elle pourrait être l’occasion de manifester une nouvelle fois leur désir d’un renouvellement de la gouvernance mondiale. Même si les relations entre l’Inde et la Chine ne sont pas au beau fixe en raison notamment de leur différend territorial dans l’Himalaya, Pékin et New Delhi partagent depuis longtemps l’idée de maintenir une indépendance à l’égard des Etats-Unis — laquelle s’accorde bien avec la position anti-américaine de la Russie. D’ailleurs, dans le conflit ukrainien, les deux voisins asiatiques se sont abstenus de condamner Moscou et de s’aligner sur la politique de sanctions menée par Washington. « Consensus ». Cela ne devrait pas changer lors de ce sommet puisque l’un des thèmes discutés sera la question de son élargissement. Fin mai, la Chine a annoncé que les ministres des Affaires étrangères des membres, lors d’une réunion préparatoire, « sont parvenus à un consensus sur le processus d’expansion des Brics. » « La Chine travaillera avec les autres parties pour poursuivre les discussions approfondies sur l’expansion des Brics et déterminer les normes et les procédures à cet effet sur la base d’un consensus. Nous attendons avec impatience que davantage de partenaires partageant les mêmes idées rejoignent la grande famille des Brics », a ainsi déclaré Wang Wenbin, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Pékin et Moscou sont favorables à un élargissement, considérant le groupement comme une plateforme utile pour faire porter leur voix dans le contexte des tensions avec l’Occident. « Face aux changements et à la pandémie qui ne se produisent qu’une fois par siècle et qui sont aggravés par des questions internationales brûlantes, les pays des Brics conviennent qu’il est important de renforcer la coopération avec d’autres marchés émergents et pays en développement, d’améliorer encore la représentation des Brics, de faire entendre plus largement la voix des Brics sur les grandes questions internationales et régionales, de se donner la main pour relever les défis et de défendre les intérêts communs et l’espace de développement des marchés émergents et des pays en développement », a affirmé M. Wang. « Nouvelle ère ». L’Argentine, l’Indonésie et l’Egypte font partie des pays qui ont déjà manifesté leur intérêt pour rejoindre le groupement. Le format « Brics Plus » a été lancé pour permettre aux cinq pays d’élargir leur champ d’action à d’autres pays en développement. C’est dans ce cadre que la réunion virtuelle des ministres des Affaires étrangères s’est tenue en mai, permettant aux représentants de l’Argentine, de l’Egypte, de l’Indonésie, du Kazakhstan, du Nigeria, des Emirats arabes unis, de l’Arabie saoudite, du Sénégal et de la Thaïlande d’y participer. Il convient aussi de rappeler que la Nouvelle banque de développement (NDB), créée en 2014 par les Brics et basée à Shanghai, a déjà accueilli de nouveaux membres : le Bangladesh et les Emirats arabes unis ont adhéré l’année dernière, tandis que les candidatures de l’Egypte et de l’Uruguay ont été approuvées pour rejoindre l’institution financière. Assurant la présidence en 2022, Pékin estime que le moment est opportun pour élargir les Brics et contester le domaine du G7 en incluant des membres du G20. Les convulsions de l’ordre international, accentuées par l’invasion russe de l’Ukraine et le durcissement des positions occidentales, conduisent à la création de forums multilatéraux concurrents. Avec un G20 fragilisé par la tentative américaine d’en exclure la Russie, Pékin semble déterminé à renforcer les Brics pour contester l’influence occidentale sur les autres pays. Le sujet est donc crucial, en particulier pour l’Inde, qui, si elle refuse tout alignement sur l’Occident, ne veut pas non plus d’une domination chinoise. Voilà pourquoi ce sommet 2022 organisé sous l’ambitieuse thématique « Favoriser un partenariat de haute qualité entre les Brics, ouvrir une nouvelle ère pour le développement mondial » devrait être observé avec un peu plus d’attention de ce côté de la planète.

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