Six statues décapitées dans une église à Poitiers

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

La dégradation à coups de barre de fer de la basilique de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, le 5 janvier dernier, est décidément loin d’être un acte isolé. Valeurs actuelles a découvert que deux églises de Poitiers, dans la Vienne, situées à une distance de deux kilomètres environ, ont été dégradées à quelques jours d’écart. La première dégradation a fait l’objet d’un bref article dans la presse locale, le 5 janvier dernier. Il s’agit de l’église Saint-Porchaire, pourtant située non loin du commissariat dans une zone piétonne fréquemment surveillée, comme le révèle le site de la Nouvelle République. Selon un témoin, deux hommes auraient volontairement jeté sur le sol une statue du Sacré-Cœur de Jésus, qui s’est brisée au sol, durant le week-end du 1er janvier.

Le père Genty, vicaire général de Poitiers, ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet. Une source policière locale précise à Valeurs actuelles que l’un des deux hommes, âgé d’une trentaine d’années et de “type européen”, se serait présenté à l’un des paroissiens présents comme évangéliste, puis serait monté sur l’autel pour saisir la statue et la précipiter par terre, avant de prendre la fuite avec son complice. « Cette statue, d’un mètre de hauteur environ, se trouvait dans la niche d’une chapelle latérale surplombant un autel encadré par les statues de sainte Radegonde et de sainte Thérèse », peut-on lire dans la Nouvelle République.

La seconde dégradation mentionnée dans un rapport de police, mais pas dans la presse locale

Coïncidence, c’est justement dans l’église Sainte-Thérèse, située dans le quartier Bel-Air, à moins de deux kilomètres, à Poitiers, que des dégradations ont été commises le 6 janvier, sans que la presse locale ne s’en fasse l’écho cette fois-ci, bien que les exactions commises soient pour le moins spectaculaires. Un rapport de police, daté du samedi 8 janvier, précise que la police a été requise le vendredi 7 janvier au matin pour « des dégradations commises [la veille] dans l’église Sainte-Thérèse (…) [où] une fidèle avait découvert cinq statues au sol ». Sur les dégâts causés, le même rapport de police précise que « six statues en plâtre, dont une de taille humaine et cinq autres plus petites qui se trouvaient dans la crèche, étaient dégradées après avoir été renversées ».

Photos prises par un paroissien dans l’église Sainte-Thérèse

Contacté par Valeurs actuelles, le prêtre auxiliaire, le père Albert Jadaud, explique que les statues ont en réalité été soigneusement décapitées. Parmi les cibles des vandales : une grande statue de Sainte Thérèse, ainsi que plusieurs statues présentes dans la crèche. Parmi elles, celle du bœuf, de Marie, de Saint Joseph, du roi mage Balthazar, ainsi que celle du petit-Jésus – lui aussi décapité comme les autres, sa tête ayant été soigneusement déposée à ses côtés, dans la paille. Aux vu des photos que Valeurs actuelles a pu consulter, il semblerait que les auteurs de cet acte ont minutieusement cherché à dissocier les têtes des corps, avec quelques échecs pour les statues les plus larges au niveau du cou.

 Ça me fait penser à ce qu’il se passe en Afghanistan. Là-bas aussi ils coupent des têtes.

« Ça me fait penser à ce qu’il se passe en Afghanistan. Là-bas aussi ils coupent des têtes », commente le père Jadaud, âgé de 81 ans. Un cierge a également été déplacé sur un banc, où il a fondu, « ce qui aurait pu provoquer un incendie », déplore le prêtre auxiliaire, qui habite dans le presbytère situé en face de l’église. Ce dernier soupçonne les auteurs d’avoir agi pendant qu’il était parti se promener dans la journée du 6 janvier. « Le soir, lorsque je suis venu fermer l’église, je n’ai rien vu. Ce n’est que le lendemain que les dégâts ont été constaté par un paroissien », ajoute-t-il. Le prêtre a porté plainte le jour-même.

Depuis, la police scientifique est venue effectuer des relevés pour se mettre sur la piste des casseurs. Qui sont-ils ? Pourquoi cette église ? Ces exactions ont-elles un lien avec celles commises, la veille, à moins de deux kilomètres de là ? Ce sera à la police de le déterminer. Rien ne laissait à penser qu’un tel acte puisse avoir lieu dans ce quartier tranquille de Poitiers. « C’est un acte différent du vandalisme classique, il n’y a eu ni vol, ni graffiti, ni autre revendication », explique Pierre Arnault, un paroissien aujourd’hui retraité et ancien journaliste, qui soupçonne « des petits groupes isolés qui jouent sur les peurs et qui cherchent à monter les gens les uns contres les autres, en fonction de leur religion ou de leur philosophie politique ».

Des bâtiments historiques ouverts au public, à forte exposition

Dans son esprit plane néanmoins la dégradation survenue deux ans plus tôt d’une église de la ville, sur laquelle avait été inscrit ce slogan anarchiste : « La seule église qui illumine est celle qui brûle. » Sauf que cette fois-ci, l’action n’a pas été encore revendiquée. « Nous habitons dans un quartier extrêmement calme, ajoute-t-il. Il y a quelques mois néanmoins, des rigolos se sont amusé à casser des rétroviseurs sur des rangées de voitures. Quel plaisir peut-on trouver à détruire ? »

Une source policière locale reconnait de son côté « des événements totalement atypiques », que la police n’est pour le moment pas parvenue à élucider, notamment du fait de la priorité donnée aux affaires d’atteinte aux personnes, comme les violences intra-familiales. Deux mois plus tôt, le département de la Vienne, où se trouve Poitiers, avait connu une vague de cambriolages dans des églises, sans que la gendarmerie ne parvienne à mettre la main sur les auteurs de ces actes. « Mais là, c’est différent », reconnait notre source policière, qui pencherait plutôt pour la piste d’un ou plusieurs déséquilibrés, compte tenu de l’absence de revendications. « Les églises sont des bâtiments historiques ouverts au public, d’où leur forte exposition, contrairement aux mosquées ou aux synagogues », conclut-il.

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