Sam Szafran : génie confidentiel

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Né Sam Berger d’une famille juive polonaise, Sam Szafran pourrait être un cas thérapeutique intéressant. Grand obsessionnel travaillant en série, fasciné par l’ordre et le chaos, capable de reproduire dans ses œuvres, un à un, chaque bâton de couleur de ses immenses boîtes de pastel. Car c’est un pastelliste, à contre-courant des autres peintres qui ont abandonné cette technique depuis Degas. Ainsi il y aura eu, au cours de la seconde moitié du XXè siècle, des artistes ne cédant pas aux sirènes du happening, de l’installation stupide ; se dégageant de l’impasse dans laquelle l’abstraction et la série ne pouvaient que mener. Szafran, aquarelliste monumental, aura été de ceux-là et c’est parce qu’il ne participait pas à la mascarade de l’art officiel qu’il aura été, de son vivant, un artiste confidentiel. Il faut dire qu’une mise en avant de son œuvre aurait été trop révélatrice de l’arnaque que constitue souvent le label « Art contemporain ».

Méconnu du grand public, à travers cette exposition nous découvrons ses différentes périodes, comme celle sur son atelier. Son atelier c’est lui ; c’est du moins son état intérieur. Atelier rangé à l’extrême un jour, pastels alignés en dégradé ; craies volant au plafond dans l’œuvre suivante. Invité un jour à dessiner dans l’atelier de Zao Wou Ki, il reste fixé sur une feuille de philodendron qui le rend perplexe et n’aura de cesse ensuite de la dessiner dans d’immenses peintures sur soie. On découvre également sa phobie des escaliers dans une série vertigineuse. Hanté par son environnement – atelier d’artiste, escaliers labyrinthiques, intérieurs d’imprimerie, vues de rues aux impossibles perspectives éclatées, végétation luxuriante – plus que par les corps humains, Szafran reste obstinément figuratif, comme un rêve peut l’être parfois. Monomaniaque, phobique et peut-être bipolaire, il fait danser ensemble les opposés, aquarelle et pastel, humide et sec, vide et plein, ordre et chaos. Autodidacte qui fit de Giacometti son maître, il était temps, trois ans après sa mort, de rendre hommage à ses œuvres cathartiques. Jeanne Battesti et Nicolas Pinet […]

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