Ruineuse fatwa

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

L’antiterrorisme représente désormais la moitié du budget de la dissuasion nucléaire. Sans parler des policiers du Service de la protection, chargés de veiller sur les personnes menacées par les islamistes. Certains ont accumulé tant d’heures supplémentaires qu’ils se retrouvent en pré-retraite avant 55 ans.


En plus des vies brisées et du sang répandu, le terrorisme coûte cher. Avant la vague d’attentats de 2015, le budget antiterrorisme de la France se montait à 1,2€ milliard annuels, selon les informations divulguées par la Délégation parlementaire du renseignement. Par la suite, entre les recrutements, les achats de matériel et les mesures techniques de protection des sites, le coût est monté à 1,8€ milliard, soit la moitié de ce que nous coûte chaque année la dissuasion nucléaire ! Les salaires représentent l’essentiel de l’effort budgétaire. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait estimé à un million d’euros par jour les frais de patrouille urbaine supportés par l’armée. Il s’exprimait après les attentats de janvier 2015, mais avant ceux de 13 novembre, qui ont encore fait flamber l’addition.

2015 a vraiment été un tournant. Comme le souligne la Cour des comptes dans un rapport publié en mai 2020, la défense a relancé les recrutements. La lente évolution-réduction du format des armées prévoyait une perte nette de 33 675 personnes entre 2014 et 2019. Le solde est finalement négatif de 4357 postes seulement, avec 25 000 recrutements annuels.

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Même constat côté police. Les effectifs du ministère de l’Intérieur ont augmenté de 12 000 emplois environ en cinq ans. Les services de renseignement ont été bien servis, avec de près de 2 200 emplois supplémentaires, « soit une augmentation moyenne de l’ordre de 20% », souligne la Cour. Idem pour les équipes d’intervention spéciale (RAID, GIGN…), qui ont reçu 1 100 personnes en renfort.  

Près de dix ans d’heures supplémentaires par garde du corps!

Néanmoins, la « guerre au terrorisme » s’est traduite aussi par une pression supplémentaire sur les équipes existantes, parfois au-delà du raisonnable. À cet égard, la situation du Service de la protection (SDLP) est éloquente. La moitié de ses équipes, soit 600 personnes environ sur un total de 1280, est chargée de protéger les citoyens dont la vie est menacée par les islamistes. Le SDLP a perdu un agent dans l’attaque contre Charlie. Il veille en permanence sur la rédaction de l’hebdomadaire satirique. C’est lui aussi qui protège la jeune Mila. « Je ne peux pas vous dire combien de personnes sont sous protection comme elle, car c’est une information confidentielle », explique Raymond Soligo, du syndicat SGP Unité Police, garde du corps de Jacques Chirac pendant plus de dix ans. « En revanche, je confirme que leur nombre n’a pas baissé ces dernières années, alors que le service tourne à effectif constant ».

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La conséquence est très simple. Les agents du SDLP ont accumulé des quantités d’heures supplémentaires hallucinantes. « Un petit compte, chez nous, c’est 3500 à 4000 heures sup’, raconte Raymond Soligo. Un gros compte, c’est 15 000 heures ». Soit environ neuf ans et quatre mois à rattraper, sachant que la durée de travail dans la police est de 1607 heures annuelles. À lui seul, le SDLP représenterait 20% des heures supplémentaires de toute la police nationale, pour 0,35% des effectifs. L’addition monte vite, car la protection d’une seule personnalité mobilise deux agents à temps plein, au minimum. Pour régler le passif, le ministère de l’Intérieur est obligé de mettre en pré-retraite des agents du SDLP ayant à peine dépassé la cinquantaine ! Ils étaient 66 dans ce cas en mars 2019, avait révélé le Parisien. Selon Raymond Soligo, ils sont désormais près d’une centaine… « Il faut recruter, mais tant que la question des horaires ne sera pas réglée, les candidats ne se bousculeront pas ». Les protections sont-elles toujours justifiées ? Ce n’est pas certain. Ministre de l’Intérieur par intérim pendant sept semaines au printemps 2017, sous François Hollande, Matthias Fekl est depuis lors protégé par deux agents. Tout en louant leur discrétion, il a fait savoir à plusieurs reprises qu’il trouvait ce traitement inutile.

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