Retraites: vote surprise à la CFDT

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Cet article est paru en premier sur https://www.lopinion.fr/

https://beymedias.brightspotcdn.com/0c/d3/1d5c1c1c452e9dc0c1688c38304b/sipa-00844715-000050.jpg

« Un congrès CFDT sans les retraites […], c’est un congrès où l’on s’emmerde. » Ainsi parle Laurent Berger, le 15 juin, deux jours après l’ouverture de son cinquantième congrès, en perspective du débat à venir sur ce thème. Vingt-quatre heures plus tard, il peut regretter ses paroles : question emmerdements, il est servi. Les participants ont adopté, à 67,5 %, un amendement qui contredit sa proposition de départ : elle ferme la porte à une éventuelle hausse de la durée de cotisation, solution pourtant acceptée, dans son principe, par la confédération depuis 2010. Ce nouveau vote engage le syndicat pour quatre ans, alors que l’exécutif veut que les Français travaillent plus longtemps. Le projet de résolution (feuille de route du prochain mandat) soumis aux 1 600 délégués comportait deux propositions : le refus franc et massif d’un nouveau recul de l’âge légal de la retraite envisagé par Emmanuel Macron (à 65 ans, puis à 64 ans). Ce point fait l’unanimité. Mais pas l’autre volet, objet de dix amendements de contestation, le nombre le plus important sur les quinze sujets en discussion pendant ces quatre jours. Tactique. La confédération estime qu’une augmentation de la durée de cotisation peut se concevoir dans le cas d’un allongement de l’espérance de vie. C’est l’esprit de la loi de Marisol Touraine (2014), elle-même se situant dans la foulée de la réforme de François Fillon de 2003. A la tribune Frédéric Sève, secrétaire national chargé des retraites, rappelle la position de la CFDT, adoptée dès son congrès de Tours, en 2010 : « Face à l’allongement de l’espérance de vie, la loi Touraine […] a permis l’équilibre des comptes et le paiement des prestations. Nous l’acceptons toujours, et nous n’acceptons rien de plus. » Oui, mais il y a le contexte. Et un représentant du syndicat Interco (agents publics) de la Somme, opposé à cette rédaction, le rappelle : admettre l’allongement de la durée de cotisation (et donc le recul de l’âge moyen de liquidation des pensions) en réponse à celui de l’espérance de vie, c’est accepter d’aller plus loin que la situation actuelle. Déjà, la réforme Touraine, entrée en application en 2020, va porter à 43 ans la durée de cotisation pour la génération née en 1973 (celle-ci prendra sa retraite à partir de 2035). Ira-t-on jusqu’à des durées de « 44, 45 ans voire plus, s’interroge-t-il. Est-ce bien à nous, est-ce bien le moment de faire cette proposition ? » « Le texte actuel affaiblit notre opposition au report de l’âge légal actuellement en débat », conclut le syndicaliste. Ces opposants brandissent un argument tactique : laisser la porte ouverte à un allongement de la durée de cotisation, c’est permettre à Emmanuel Macron de rentrer par cette fenêtre puisque la porte de la hausse de l’âge légal lui est fermée. Mais ils expriment un rejet plus profond : sous une forme ou une autre, ils ne veulent pas travailler plus longtemps, en phase avec l’attitude d’une majorité de Français. « Nous prenons acte [de ce vote], a déclaré Frédéric Sève, le point est tranché. Le débat a révélé une extrême sensibilité sur le sujet. Il n’y a pas de remise en question de la loi Touraine et pas de possibilité d’aller au-delà de ce qu’elle prévoit. » Avis à Emmanuel Macron.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*