Reportage : mes nuits avec Nemesis

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

« Je ne sais pas s’il reste du monde ». La voix se rapproche dans le couloir. Si, Alice, il reste du monde dans les locaux de L’Incorrect, à vingt heures un vendredi 19 novembre 21. Il y a un journaliste au rythme de vie suspect, qui a des articles à finir. Très vite, il y a d’autres gens pour lui tenir compagnie. Derrière Alice Cordier, la cheftaine du Collectif Némésis, les féministes identitaires et casse-cous que l’on ne présente plus, entrent une poignée de gaillards. D’autres suivent au compte-goutte. Ils sont bientôt une petite vingtaine. À leur entrée, celui qui semble les diriger leur fait éteindre leur téléphone et le déposer dans un sac. La réunion est sérieuse. Autour de l’open space, les visages oscillent entre nervosité et timidité. La plupart de ces hommes ne se connaissent pas, ou de loin. Ils sont venus par groupes de trois ou quatre de toute la France et de tous les mouvements, la Cocarde et l’Action française principalement, pour protéger l’action que les Némésis entreprendront demain lors de la manifestation féministe Nous Toutes. À l’arrivée du cortège, parti de République, à Nation, une cinquantaine d’entre elles, aussi issues de toute la France, sortiront de deux cafés et brandiront des pancartes dénonçant le rôle des étrangers, et plus précisément des immigrés afghans, dans les violences faites aux femmes, sujet sur lequel elles trouvent les féministes mainstream, comme elles disent, un poil frileuses. Lors des deux éditions précédentes, Nemesis a mené des actions similaires. À chaque fois, des filles ont été frappées par des antifas. Cette fois, on prend des précautions. Surtout qu’elles seront sûrement attendues. Surtout que cette fois elles seront très nombreuses, ce qui risque de faire enrager la foule. Alors, ces hommes dans les locaux de L’Incorrect.

En pleine séance de maquillage (© L’Incorrect)

Les consignes sont données avec une clarté toute militaire. Quand les filles auront pris place et brandi leurs pancartes, il s’agira de former un cordon de protection autour d’elles. En repoussant le plus courtoisement possible ceux qui voudraient les attaquer. Surtout, pas d’armes. Surtout, pas de bagarre. Surtout, ne pas briser la cohésion du cordon, ce qui aurait les conséquences les plus désastreuses. Une fois que les filles seront exfiltrées par une rue adjacente, eh bien… il faudra tenir, le plus longtemps possible, le temps que la police arrive. Le journaliste, qui avait fait mine de ne pas en être, de finir ses articles – L’Incorrect est déjà assez gentil de prêter ses locaux pour la préparation de cette action – retire ses écouteurs et tend une oreille plus attentive. Après tout, c’est lui couvrira l’événement demain. Autant prendre de l’avance. Il regarde mieux les jeunes hommes à ses côtés, qui dépassent rarement les vingt ans. Des mines un peu patibulaires, non ? À leurs questions, à leurs plaisanteries sur les antifas, on devine l’habitude des manifs qui dérapent en bastons, et que ça ne les a pas trop dérangés. On devine aussi que l’attrait d’une cinquantaine de jeunes femmes de droite n’est pas pour rien dans leur ruée vers Paris. Il s’agira d’être chevaleresque… Notre journaliste sourit devant cet espoir naïf, il sait bien que les coups seront pour eux mais les femmes pour lui. Fidèles à eux-mêmes, les rires masquent mal une tension poisseuse. Demain, cette vingtaine de garçons changée en trentaine par quelques uns qui n’ont pas pu venir ce soir se jettera dans la gueule d’un loup de plusieurs dizaines de milliers de personnes. La réunion se termine, les bières commencent à tourner. Le journaliste, qui craint n’être pas assez à droite pour digérer les propos qui s’ensuivront, laisse-là ses futurs reportés. Poignées de mains douloureuses, porte qui claque. […]

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