Présidentielle 2022 : Marine Le Pen en force tranquille

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

« Le plus important ce n’est pas le score, c’est la dynamique ! » L’adage préféré des sondeurs et autres fins analystes de la vie politique n’est visiblement pas au goût de l’entourage de Marine Le Pen. Face aux percées sondagières successives d’Éric Zemmour et Valérie Pécresse, le Rassemblement national a fait de la constance sa bonne résolution de 2022 : « Ils ont chacun eu leur moment. Nous, notre moment, c’est toute l’année. »

Dire que la confiance règne au RN n’est pas surjoué. Depuis le début de l’année, les cadres du parti bleu-marine voient les signaux positifs se multiplier. À tel point qu’en coulisse, on se dit que Marine Le Pen n’a jamais été aussi proche d’une victoire élyséenne. « La ferveur populaire qu’on constate dans nos déplacements n’a rien à voir avec ce qu’on voyait en 2017 », souffle Julien Odoul, membre médiatique du Bureau national du parti.

Le dernier “succès” en date ? Les 17,5 % des voix crédités à leur candidate dans le dernier sondage Ifop. Le 20 décembre dernier, le même institut créditait alors Marine Le Pen de 16 % des intentions de vote au premier tour. Dans ce match à trois qui s’installe à droite pour une place en finale face à Emmanuel Macron, la candidate du Rassemblement national prend ses distances avec Valérie Pécresse (15,5 %) et Éric Zemmour (12,5 %), tous deux en baisse.

On ne va pas se faire enfermer. L’enjeu principal du scrutin est la question de la survie du peuple français, et non de savoir si la quatrième dose doit être autorisée ou si on a le droit de boire debout.

Au sein du RN, on essaie – un peu – de tempérer l’euphorie du moment. Et ne parlez surtout pas de “regain”. « La confiance retrouvée ? On ne l’a jamais perdu ! », avance Edwige Diaz, visage du parti en Nouvelle-Aquitaine et membre du Bureau exécutif du parti. Plus terre-à-terre, le conseiller régional du Nord Jean-Philippe Tanguy assure pour sa part que son camp réussi à « se calmer et à garder le cap face à la tempête médiatique qu’a pu être Éric Zemmour ». Les cadres du parti, Marine Le Pen en tête, savent pertinemment que les dynamiques vont et viennent. Que la hausse du jour peut être la baisse du lendemain.

Les stratèges du RN ne semblent réellement craindre qu’une seule hypothèse : se retrouver pris au piège par la stratégie d’Emmanuel Macron. Pas question de laisser le président, dont la candidature ne fait plus l’ombre d’un doute, transformer définitivement l’élection présidentielle en un référendum sur sa gestion de la crise sanitaire. « On ne va pas se faire enfermer. L’enjeu principal du scrutin est la question de la survie du peuple français, et non de savoir si la quatrième dose doit être autorisée ou si on a le droit de boire debout », souffle un cadre du parti.

Pourtant très en vue sur le volet sanitaire grâce à une opposition affirmée à l’Assemblée nationale à la mise en place du passe vaccinal, Marine Le Pen tente d’élargir son spectre de thématiques. Après la sauvegarde des libertés individuelles, le pouvoir d’achat, un référendum sur l’immigration, le tourisme et les Outre-mer, la candidate s’attaque désormais… à la gestion des frontières.

Quand Le Pen touche à tout

En déplacement dans les Pyrénées-Orientales le week-end dernier, elle s’est entretenue avec des forces de la police aux frontières (PAF) de la petite ville de Le Perthus : « À l’immigration venue de l’Afrique noire se surajoute une immigration maghrébine. » Selon les statistiques rapportées par des policiers à la candidate du RN, 12 865 « étrangers non-admis à la frontière » ont été interpellés en 2021. Soit une hausse de près de 3 000 arrestations par rapport à 2020, année pandémique, peu propice à l’immigration, et de près de 2 000 par rapport à 2019.

Des chiffres probablement « en dessous de la réalité », selon Marine Le Pen. Face à ce constat, la chef de file du RN veut frapper fort : face aux forces frontalières, cette dernière a assuré vouloir recruter 7 000 policiers et gendarmes. Bien plus que les 2 500 aujourd’hui affectés à la protection des frontières, soit moins de 1 % des effectifs de la gendarmerie au niveau national.

Au Rassemblement national, l’omniprésence est la nouvelle directive à suivre. Là où – après la déconvenue de 2017 – nombreux étaient les déçus qui s’étaient plaint du manque de connaissances de Marine Le Pen sur les “dossiers importants”, l’entourage de la candidate a cette fois préparé, pour chaque dossier abordé, un projet de loi “prêt à l’emploi”. « Certains font dans la gesticulation, Marine fait dans la proposition », résume un proche de la campagne.

Une omniprésence qui se constate aussi bien sur les plateaux télés que sur le terrain. Pendant que les cadres du parti ont reçu l’ordre de renforcer leur présence médiatique, Marine Le Pen et les figures régionales du Rassemblement national multiplient les déplacements aux quatre coins du pays. L’année 2021 s’était conclue par l’opération “50 jours pour préparer la victoire”, où les têtes de file du parti s’étaient succédé lors de ces 100 réunions organisées dans toutes les fédérations du parti.

Un coup politique permettant au RN d’exposer aux yeux de tous ses concurrents l’ampleur supposée de son armada locale. L’occasion également de faire une revue générale des troupes à 90 jours du premier tour, alors que le parti fait face depuis quelques mois à de multiples défections au sein de ses clubs régionaux. Certains ont quitté le navire par agacement face à une “normalisation” de Marine Le Pen trop prononcée à leurs goûts. D’autres par attirance pour le discours résolument plus offensif d’Éric Zemmour sur les questions identitaires.

Le RN veut être partout, tout le temps

L’année 2022 devrait, elle, s’ouvrir avec une nouvelle opération « d’ultra-proximité », comme aime la décrire l’entourage de la candidate. Cette fois, place à l’opération “5 000 marchés”. Dès début février, plusieurs bus à l’effigie de Marine Le Pen sillonneront les routes de France pour “aller au plus proche des gens”. « On a très vite compris que ce ne serait pas une campagne comme les autres », assure Jean-Lin Lacapelle, en charge de la supervision de cette nouvelle campagne de communication perçue comme une alternative au grand rassemblement.

Face au retour en force de l’épidémie, l’équipe de Marine Le Pen ne se fait pas d’illusions : les projets de grands meetings populaires, attractions phares de chaque scrutin élyséen, n’ont que peu de chance de se concrétiser cette fois-ci. Le premier meeting de la candidate, initialement prévu le 15 janvier à Reims, a été déplacé au 5 février à la suite d’un entretien avec l’exécutif. Le gouvernement aurait assuré au Rassemblement national que le pic épidémique de la déferlante Omicron était justement prévu autour de la mi-janvier. Contrairement à ce qui avait été premièrement avancé, les meetings de la “candidate Le Pen” seront bel et bien soumis à des « jauges proportionnelles ».

À campagne inédite, stratégie traditionnelle. Face à l’hégémonie d’Éric Zemmour et de son réseau militant sur les plateformes digitales, Marine Le Pen veut à tout prix renforcer sa mainmise sur la ruralité et la “France des oubliés”. Un temps matraquée par les têtes d’affiche du “Front”, l’expression a récemment fait son apparition dans le langage zemmourien. « Nous n’avons pas attendu d’être en campagne pour sortir de Paris », grince un cadre du RN, agacé de voir l’instigateur de la “Reconquête” marcher sur les plates-bandes marinistes.

Avec 30 % de la classe ouvrière acquise à sa cause, Marine Le Pen conserve, du moins pour l’instant, son titre de championne incontestée du vote populaire. Un électorat conséquent certes, mais qui demeure sujet à une certaine lassitude, quand il ne cède pas à l’absentéisme. En juin dernier, lors des élections régionales, 70 % des électeurs du RN ne s’étaient pas déplacés aux urnes.

Pendant cinq ans, il s’est imposé comme une sorte d’évidence, alimentée par les médias, que le match Macron-Le Pen était plié d’avance et que, par conséquent, la forte mobilisation de nos électeurs n’était pas essentielle.

Triste record aux nombreuses conséquences. « On a voulu tirer les leçons des régionales : il faut remobiliser des électeurs qui ne se déplacent plus », explique Jean-Philippe Tanguy. Les stigmates de la claque reçue lors du dernier scrutin – où le RN n’avait récolté que 19 % des voix, soit 8,5 points de moins que six ans auparavant – ne sont pas entièrement cicatrisés. « Pendant cinq ans, il s’est imposé comme une sorte d’évidence, alimentée par les médias, que le match Macron-Le Pen était plié d’avance et que, par conséquent, la forte mobilisation de nos électeurs n’était pas essentielle. »

À cette proximité de tous les instants – son entourage vante la faible présence de forces de sécurité autour d’elle lors de ses déplacements – vient s’ajouter, chez Marine Le Pen, une volonté d’apparaître plus rassurée, sereine. Au retour du “kärcher” dans les banlieues prôné par Valérie Pécresse et le souhait « d’emmerder les non-vaccinés » d’Emmanuel Macron, Marine Le Pen oppose son ton résolument optimiste : « Il y a des problèmes majeurs mais il faut se projeter, créer de l’enthousiasme car, si on enferme la France, elle se consume et devient triste. » Ou, pour paraphraser la candidate, incarner une grande politique pour vivre heureux. Aseptisation ? « Elle va garder son franc-parler, mais l’enjeu est aussi de ne pas tomber dans l’outrance permanente », nuance Edwige Diaz.

La force tranquille ?

Dans un élan mitterrandien, voilà Marine Le Pen propulsée en représentante de la force tranquille. Robert Ménard semble faire partie des convaincus. À Béziers le week-end dernier, l’heure était aux retrouvailles entre ces deux figures de la droite, souvent fâchées, mais jamais totalement séparées. « J’ai eu des mots injustes à ton égard », a avoué le maire biterrois en direction de la candidate RN. Mais en même temps, les choses ont changé, le Rassemblement national n’est pas le Front national. »

Adoubant la nouvelle stratégie mariniste, le fondateur de Reporters sans frontières a félicité une Marine Le Pen plus « ouverte aux autres, plus raisonnable » lors d’une conférence de presse commune, au cours de laquelle Robert Ménard a annoncé son intention de parrainer cette dernière qui, de son propre aveu, « rame » pour obtenir les 500 signatures, condition sine qua non pour pouvoir espérer gravir le perron de l’Élysée en avril prochain.

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