Préserver la paix publique ou préparer la guerre civile ?

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré décédait après avoir été interpellé par les gendarmes, alors qu’il avait tenté de s’enfuir lors d’un contrôle concernant son frère, Bagui Traoré. Immédiatement après la nouvelle de sa mort, des émeutes éclataient à Beaumont-sur-Oise durant trois nuits et au cours desquelles une centaine de coups de feu ont été tirés contre les gendarmes. Lundi 21 juin, le procès de quatre émeutiers, parmi lesquels Bagui Traoré, s’est ouvert devant le tribunal judiciaire de Pontoise. Les quatre hommes sont accusés de tentatives de meurtre en bande organisée.

Lors de la première journée du procès, le général Thomas, qui commandait les gendarmes du Val-d’Oise lors des émeutes, a fait des déclarations qui devraient faire courir des frissons glacés dans le dos de tous ceux qui ont des oreilles pour entendre. Le général a détaillé les résultats des trois nuits d’émeute : « Une centaine de coups de feu tirés sur les forces de l’ordre, 35 blessés dont 13 par arme à feu, une cinquantaine de véhicules incendiés et une population profondément traumatisée ». Puis il a expliqué : « Il n’y a aucun blessé parmi les émeutiers. Les unités disposent d’armes de guerre. J’ai donné l’ordre de ne pas les employer. Je me rends compte alors qu’il ne va pas falloir rentrer dans une surenchère, risquer un engrenage ».

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Et il poursuit : « Si le 19 juillet vous avez un jeune homme qui meurt dans une brigade et deux jours plus tard un autre sous les balles des gendarmes, que se passe-t-il ? Notre mission, c’est de rétablir la paix publique. On n’est pas en guerre, même si on veut nous tuer. Il fallait repousser au maximum l’usage d’une arme létale. Je considère alors que la situation n’est pas remplie. Les gendarmes disposent de protections balistiques ».

La fin du monopole de la violence légitime

Ce que le général Thomas a appelé une « surenchère » et un « engrenage » est ce que, dans des temps pas si lointains, on appelait tout simplement rétablir l’ordre et faire respecter la loi. Car certainement, s’il existe des lois, ces lois doivent être respectées, et par conséquent toute la force nécessaire doit être employée pour que force reste à la loi. Le niveau de violence qui devra être employé par les forces de l’ordre chargée de faire respecter l’ordre légal dépendra donc du degré de violence déployé par ceux qui veulent se soustraire à la loi.

Bien évidemment, il est toujours regrettable qu’une intervention des forces de l’ordre se solde par la mort des contrevenants, mais il existe un moyen très simple de ne pas risquer d’être blessé ou tué par les forces de l’ordre : ne pas leur résister. Et, si l’on estime que ces dernières ont outrepassé leurs prérogatives, user des ressources que fournit l’ordre légal pour obtenir réparation.

Considérer que la priorité pour les forces de l’ordre doit être de préserver l’intégrité physique de ceux qui défient la loi revient à dispenser les violents et les audacieux du respect de la loi, et à ne réserver ses rigueurs qu’à ceux qui sont assez honnêtes ou assez craintifs pour ne pas se rebeller. Une telle manière de procéder est, à l’évidence, destructrice à terme de la notion même de légalité. La loi, qui était censée protéger le faible contre les prétentions injustes du fort, devient l’instrument des forts pour opprimer les faibles.

Les violents et les audacieux peuvent violer ses commandements tous les jours pratiquement sans risque, tandis que les gens honnêtes qui ne sont pas enclins à la violence continuent à être soumis à ses moindres tracasserie.

C’est à peu près ce que l’on observe désormais dans les quartiers dits sensibles, parfois appelés « zones de-non-droit » : appellation appropriée pour désigner ces parties du territoire national où ce qui est censé être la loi commune – la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse, comme le dit la DDHC – ne s’applique plus que très sélectivement et par intermittence ; où les violents et les audacieux peuvent violer ses commandements tous les jours pratiquement sans risque, tandis que les gens honnêtes et qui ne sont pas enclins à la violence continuent à être soumis à ses moindres tracasseries. L’État, qui a pratiquement renoncé à confronter les violents et les audacieux, n’oubliera pas pour autant de réclamer à l’honnête salarié qui y habite de régler son impôt sur le revenu. De même qu’il ne manquera pas de lui faire subir les rigueurs de la loi s’il avait le malheur de se défendre par lui-même contre les déprédations des violents et des audacieux. […]

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