Pour la Nupes, un lendemain d'élections déjà mouvementé

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Changement de ton. Dimanche au soir du second tour des élections législatives, Jean-Luc Mélenchon assurait à ses soutiens qu’ils pourraient bien se réveiller « avec une majorité » à l’Assemblée nationale « ou bien avec le premier groupe », une fois connus les résultats définitifs. Lundi en début d’après-midi, le tribun — qui a assuré entre-temps qu’il changeait « de poste de combat » — a singulièrement revu son analyse. « Le résultat est assez décevant pour nous. En toute hypothèse, il crée une situation ingérable pour le pays », a reconnu le chef de file de La France insoumise (LFI) dans une déclaration au débotté devant le quartier général de son parti. Dans la nuit, les projections en sièges de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ont en effet fondu, la coalition de la gauche et des écologistes ne recueillant finalement que 130 députés avant d’éventuels ralliements ultra-marins. Mais c’est surtout l’inattendue percée du Rassemblement national (RN) qui a fait sonner l’alerte chez les insoumis. Le mouvement de Marine Le Pen envoie 89 élus au Palais Bourbon, bien plus que les 72 issus de LFI. Dans ce contexte, ces derniers s’inquiètent du discours qu’ils disent voir poindre au sein de la majorité présidentielle. Jean-Luc Mélenchon s’est ainsi appuyé sur les déclarations de la porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire, mais aussi sur celles du président du MoDem François Bayrou et du ministre de l’Agriculture Marc Fesneau — réélu dimanche — pour dénoncer « une opération de racolage général ». « Identités distinctes ». « Les macronistes tentent une opération de rassemblement qui est sans frontières puisqu’il peut passer celle du Front national. Nous sommes donc en alerte. Le chaos […] ne peut pas déboucher sur un attelage de cette nature, ce serait le pire pour notre pays », a-t-il accusé. Avant d’offrir une solution pour le moins déroutante pour ses partenaires. « Nous devons être et rester une alternative unie. Autrement dit : la Nupes devrait se constituer comme un seul groupe au Parlement, de manière à ce que, sans aucune discussion possible, il soit établi qui mène l’opposition dans le pays », a avancé Jean-Luc Mélenchon. « Ce n’est naturellement pas une injonction, c’est une proposition », s’est-il empressé de préciser, comme pour devancer les réactions négatives qui n’ont d’ailleurs pas tardé à arriver malgré les précautions prises par l’ancien député. Pas question selon lui d’opérer « une fusion », ni de nier les « identités distinctes » des formations de la coalition. Il s’agit à ses yeux d’une décision symbolique et politique, afin de matérialiser l’union électorale sur les bancs de l’Assemblée et de couper l’herbe sous le pied d’un RN qui revendique les postes clés de l’Assemblée dévolues à l’opposition. Mais la rafale de tweets des députés de LFI n’a pas attendri leurs partenaires, qui ont rapidement décliné l’offre. Celle-ci est en effet contraire à l’accord noué en mai entre les quatre partis et qui prévoyait explicitement la constitution de quatre groupes distincts dans l’hémicycle, moyennant la création d’un intergroupe censé coordonner l’activité parlementaire de la Nupes. Une solution visiblement trop illisible au vu de la nouvelle analyse de la situation faite par la direction du mouvement insoumis. Pavé dans la mare. Les députés PS Valérie Rabault et Guillaume Garot, réélus dimanche, ont dit leur opposition à cette hypothèse au nom du respect de la diversité des sensibilités. Le porte-parole du parti Pierre Jouvet, négociateur en chef de l’accord pour les socialistes, a lui aussi décliné la proposition et assuré auprès de l’AFP qu’il « n’a jamais été question d’un groupe unique ». Même son de cloche du côté d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) : « On est complémentaires et nos forces seront plus effaces à l’Assemblée nationale si nous existons grâce à quatre groupes plutôt qu’un seul », a indiqué au Journal du dimanche son secrétaire national et néo-député Julien Bayou. « Tout le monde veut s’en tenir à l’accord initial qui prévoit un groupe pour chacune des forces et l’existence d’un intergroupe », confirme-t-on également dans l’entourage du communiste Fabien Roussel, lui aussi réélu dimanche. Le pavé dans la mare était d’ailleurs lundi au centre des discussions de l’exécutif national du PCF. Il s’est également invité à l’ordre du jour de la première réunion d’organisation du futur groupe écologiste qui devait se tenir dans la soirée. Les élus de LFI doivent eux effectuer leur premier conciliabule mardi après-midi, après l’entrée solennelle du gros de leurs troupes à l’Assemblée. Que restera-t-il alors de la proposition de groupe unique ? Malgré les refus, certains nouveaux députés se montrent moins hostiles à l’idée que leurs dirigeants. « Jean-Luc Mélenchon fait exprès de passer en force. Soit on dit oui et il nous anéantit en nous digérant, soit on dit non et il se fait passer pour un unitaire », analyse un responsable écologiste. De l’issue de ce nouveau bras de fer dépend en partie l’avenir de la coalition qui ne s’est pas encore installée sur ses bancs du Palais Bourbon.

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