Pour gagner du temps à l’Assemblée, Emmanuel Macron accepte d’en perdre en septembre

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Cet article est paru en premier sur https://www.lopinion.fr/

https://beymedias.brightspotcdn.com/db/9c/d2e740644447951f8d715a6e9106/an-sipa.jpg

La pause parlementaire durera plus longtemps que prévu. Pour la première fois en vingt ans, les députés ne siégeront pas au mois de septembre. Le ministre des Relations avec le parlement, Franck Riester a annoncé mardi matin qu’aucune session extraordinaire ne sera convoquée avant la reprise des travaux le 3 octobre. Cette décision est présentée comme le signe de la nouvelle méthode défendue par l’exécutif, une méthode faite de concertations et d’écoute des oppositions. Le mois de septembre servira ainsi à mieux préparer les futurs projets de loi et d’éventuels accords avec la droite et/ou la gauche. Ce ne sera pas un luxe. La session extraordinaire qui se déroule actuellement, et qui devrait s’achever le 6 août, illustre à quel point l’urgence dessert l’exécutif. Faute d’accords solides noués avant l’examen du budget rectificatif, les discussions sont menées à flux tendu dans l’hémicycle et soumises aux humeurs des uns et des autres. Le gouvernement se retrouve ainsi battu et contraint d’allonger les crédits. Ce fut le cas sur les compensations versées par l’Etat aux collectivités locales. Le vote à rebours des députés Horizons samedi soir s’explique par un défaut d’anticipation de l’exécutif. Cette mésaventure a coûté 300 millions d’euros aux finances publiques. « Et encore, ce projet de loi n’est qu’un budget rectificatif, rappelle un membre du gouvernement. Il faut absolument penser en amont et sereinement le prochain projet de loi de finances, qui sera examiné à l’automne. » Cette absence de session en septembre est une demande de l’ensemble de la majorité, de l’Elysée au gouvernement, en passant par les députés, épuisés par l’enchaînement des campagnes présidentielle et législative puis de la session de juillet constituée de nombreuses séances nocturnes. « Nous n’aurions jamais dû siéger en juillet mais revenir mi-août avec l’esprit apaisé, avance un cadre de la majorité. Tout le monde avait besoin de temps pour reconnaître qu’il avait perdu. Car, la réalité est celle-ci : personne n’a gagné les élections législatives. Nous sommes en train d’épuiser les députés. » Convaincre des socialistes. L’obligation d’examiner le projet de loi de finances rectificatif et le projet de loi sanitaire a empêché cette stratégie de temporisation. Pause, il y aura toutefois, mais à la rentrée. « Il faut laisser redescendre la pression médiatique. Les élus de la Nupes cherchent en ce moment le buzz à tout prix », renchérit une ministre. Les macronistes espèrent mettre à profit ces quelques semaines de pause supplémentaires pour convaincre des socialistes de les rejoindre. « Ils ne sont pas encore mûrs, assure un député Renaissance. Il est inutile de les draguer pour le moment. Mieux vaut ouvrir les discussions après les vacances. » Les deux cycles de rencontres menées par Elisabeth Borne début juillet avec les responsables des oppositions n’avaient permis de nouer aucune coalition. Enfin, Emmanuel Macron sait bien que d’importantes réformes l’attendent, à commencer par celle de l’assurance-chômage. En précipiter l’examen donnerait l’impression d’une majorité qui cherche à passer en force, ce qui braquerait les oppositions et provoquerait l’enlisement des textes au Palais Bourbon. Abandonner la session extraordinaire de septembre relève donc du signal politique à envoyer aux forces de droite et de gauche. Le chef de l’Etat a peut-être compris que pour gagner du temps, il faut parfois commencer par accepter d’en perdre.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*