Nicolas Ker : l’adieu aux armes

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Lundi 17 mai 2021, le chanteur auteur compositeur Nicolas Ker est mort à 50 ans. Beaucoup l’ont découvert en 2016 via son intervention explosive chez Ruquier alors que l’artiste était censé vendre son album solo Les Faubourgs de l’exil« un black-out total », déclarera-t-il plus tard chez Le Monde Moderne. Et d’ajouter : « pourtant, j’avais moins bu que d’habitude », précisant avoir refusé de voir l’émission dont tout le monde parlait pendant trois jours, avant de conclure au sujet de sa propre prestation : « c’est quoi ce clochard ? ». Si la promo fut effectivement formellement ratée, ce fut le paradoxe du buzz accidentel, le temps d’un clip, du moins.

D’autres le découvriront peu après, à travers des interviews lunaires, au côté d’Arielle Dombasle, dans cette collaboration improbable sur le papier, mais pas moins salutaire dans les faits. Les rieurs de service à qui on ne la fait pas auront évidemment la résolution – forcément louche – de l’équation, comme si deux êtres ne pouvaient pas simplement s’entendre humainement, artistiquement, se soutenir l’un l’autre, d’une manière ou d’une autre, sans que cela ne cache une sale histoire, un arrangement contrenature ou un deal obscur. À moins que l’idée même d’intégrité ne soit trop répugnante aux cyniques 2.0 pour imaginer que celle-ci, quelle que soit sa forme, puisse tenir le choc, çà et là, dans un monde, certes, toujours plus chargé de crasse.

« je n’avais plus d’image positive de moi. Ça faisait longtemps que j’avais renoncé à être le beau chanteur. J’étais débarrassé de ça. Je n’avais plus à faire le malin. Quelque part, c’est mieux »

Il faut dire que niveau intégrité, Nicolas Ker n’a pas vraiment de leçons à recevoir. C’est par le biais d’une annonce qu’il devient à 35 ans le chanteur du groupe de rock Poni Hoax, après des années d’errance, de lectures à plein régime et d’alcool, déjà : « je n’avais plus d’image positive de moi. Ça faisait longtemps que j’avais renoncé à être le beau chanteur. J’étais débarrassé de ça. Je n’avais plus à faire le malin. Quelque part, c’est mieux », lance-t-il dans Gonzaï en 2011. Musicalement, Ker y apporte cette voix touchante, entre Bowie, Ian Curtis, Nick Cave et des textes cryptés aux images fortes. Sur scène, hanté lors de l’interprétation des morceaux, le chanteur s’efface, laissant le soin au batteur Vincent Taeger de prendre la parole pour annoncer le titre suivant ou pour menacer quelqu’un dans l’audience d’un cassage de gueule dans les règles.

En dépit d’excellentes chansons, de concerts mémorables et de musiciens de haute volée, les mauvais élèves de la scène parisienne qui n’hésitaient pas à insulter leur public et à s’exclure, sans forcer, du cirage de pompe médiatique paient leur trop plein de spontanéité. À l’heure des BB-Brunes, de Justice, de l’électrorock propre sur lui et plus tard des Feu ! Chatterton, les Poni Hoax atteignent vite un plafond de verre et le groupe reste en stand-by après quatre albums pourtant clairement au-dessus du lot[…]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

L’article Nicolas Ker : l’adieu aux armes <img class='plus-nav-icon-menu icon-img' src='https://lincorrect.org/wp-content/uploads/2020/07/logo-article-small.png' style='height:20px;'> est apparu en premier sur L'Incorrect.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*