Mathieu Bock-Côté : « Fanatique et résolue, cette minorité idéologique est prête à aller jusqu’au bout » 2/2

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

La prétention à l’universel en France s’ancrait dans la nation, qui avait un sens solide de son identité et de ses mœurs. Or, quand on sape les conditions mêmes de la nation par l’assimilation, ce sont les conditions sociologiques de l’aspiration universaliste qui se désagrègent. Cette gauche antiraciste des années 1980 qui, croyant par-là nous délivrer du racisme, a saboté la nation en « extrême droitisant » le terme, a ainsi sapé les conditions de l’assimilation. Sur ce terrain symboliquement abandonné, les communautarismes surgissent. Aussi, dès la fin des années 1990, quand on parlait de la France black-blanc-beur, étions-nous conscients de flirter déjà avec le racialisme ? Bleu-blanc-rouge sont les couleurs de la nation, black-blanc-beur une revendication explicite de définition de la France selon une logique raciale au nom de l’inclusion. Les antiracistes qui se plaignent de ce que l’antiracisme est devenu devraient comprendre qu’ils ont eux-mêmes créé les conditions de ce qui se passe en ce moment.

Bleu-blanc-rouge sont les couleurs de la nation, black-blanc-beur une revendication explicite de définition de la France selon une logique raciale au nom de l’inclusion

Cependant, et c’est une vraie singularité française, il existe encore en France une gauche républicaine qui demeure attachée à l’idée de nation, et qui critique courageusement le multiculturalisme et le racialisme. Hélas, elle est incapable de s’allier mentalement avec les éléments conservateurs à cause de sa théorie de la tenaille identitaire, qui relève à mon avis des tourments propres à la psychologie des hommes de gauche, qui veulent demeurer de gauche à tout prix, et qui ne cessent de trouver des raisons pour prendre leurs distances avec ce qu’ils appellent la droite, surtout quand ils se retrouvent d’accord avec elle. Caroline Fourest est très sévère envers le racialisme mais prend la peine de dire que les conservateurs restent infréquentables, car s’ils ont critiqué depuis de longues années tous ces mouvements, ils le faisaient pour de mauvaises raisons. Seule la gauche a finalement le droit de critiquer les dérives de la gauche. J’ai une formule pour le dire : il faut avoir été de gauche pour avoir le droit de ne plus l’être. 

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Justement, la France a-t-elle une place particulière dans la bataille politique à venir ?

La France est vraiment la nation qui résiste, et parfois même sans le savoir, par ses mœurs, sa culture, sa littérature, sa langue, sa conception de l’espace public. La culture française est étrangère au régime racialiste qui s’installe. Il suffit de lire les journaux américains pour comprendre ce rôle : à l’échelle occidentale, la France est devenue le terrain principal où se mène cette bataille. Elle est diabolisée.

Historiquement et idéologiquement, quel est le point d’entrée fondamental qui fait que la gauche existentialiste-émancipatrice s’est convertie au racialisme ?

Dans l’histoire des gauches, il y a toujours la recherche de la catégorie émancipatrice et du sujet révolutionnaire. L’ouvrier n’a pas voulu jouer ce rôle, ils ont donc cherché d’autres figures et voici le racisé fait nouvelle figure messianique porteuse d’émancipation. Et aujourd’hui, il y a la dimension démographique : elles cherchaient la base sociale et maintenant elle se présente à eux avec l’immigration massive – du moins, c’est dans cette perspective qu’elles l’abordent.

De fait, l’immigration joue un rôle essentiel dans leur paradigme idéologique. 

Les racialistes ont cette volonté explicite de s’appuyer sur les populations issues de l’immigration pour se lancer dans une logique de conquête. Leur objectif est de les désolidariser de la nation, pour les politiser dans le cadre d’une conscience révolutionnaire et d’une histoire « diasporique ». Même ceux qui s’étaient assimilés doivent désormais se désassimiler pour rejoindre le camp de l’opportunisme victimaire, sous peine d’être traître à ses origines.

A l’échelle occidentale, la France est devenue le terrain principal où se mène cette bataille

Cela va même au-delà de l’immigration comme on le voit aux États-Unis. Je donne un exemple marquant dans mon livre : après l’élection de Biden, la vice-présidente Kamala Harris a été au cœur d’un débat dans une partie de la communauté noire américaine, qui se demandait si elle était encore vraiment noire alors qu’elle est mariée à un blanc. Cela s’appelle une accusation de trahison raciale et une condamnation des couples mixtes. Tout cela au nom de l’antiracisme !

Ce racialisme s’inscrit dans la gauche intersectionnelle contemporaine aux côtés du féminisme et de l’écologisme. Quelle est leur matrice commune ?

La haine de l’Occident. Je cite dans le livre Greenpeace Canada qui nous explique que le réchauffement climatique est intimement lié à la suprématie blanche ! Le point commun de ces doctrines est cette représentation caricaturale et fantasmée d’un homme blanc qui devient une sorte de bouc-émissaire, de figure du mal. L’homme blanc est présenté en figure ontologiquement coupable d’exister. 

En quoi la question de l’identité sexuelle est-elle fondamentale dans ce processus révolutionnaire ?

S’il est une chose que l’on croyait incontestable, c’est l’existence des hommes et des femmes. Aujourd’hui, la logique du constructivisme qui postule que tout est un construit social, que toutes les identités sont artificielles, est étendue à la question sexuelle. Tout tient dans une formule : on parle du sexe « assigné » à la naissance, comme si un dispositif « hétéro-patriarcal » assignait de manière arbitraire un sexe aux enfants à la naissance et les empêchait d’autodéterminer leur genre. Il est dans la nature du régime diversitaire d’avoir toujours besoin d’une nouvelle minorité à libérer. Peut-il aller jusqu’à abolir le réel pour ensuite le recréer intégralement dans ses catégories idéologiques ? À tout le moins, c’est au nom de la science qu’il entend pousser jusqu’au bout cette reconstruction intégrale de l’existence. Nous pouvons et devons pour cela parler de lyssenkisme. […]  

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