«Maid»: l’Amérique des white trash a aussi des rêves

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

La série « Maid » sur Netflix aurait pu ressortir les clichés sur l’Amérique des laissés-pour-compte. Elle se révèle au contraire un très beau portrait de battante qui choisit la liberté.


Il n’y a pas que « Squid games » qui fait un tabac sur Netflix. « Maid », disponible sur la plateforme depuis début octobre, est vite devenu un des « must see » du moment.

Le pitch est simple : une jeune fille fuit son domicile avec son enfant de deux ans pour échapper à un compagnon violent, se retrouve quasiment à la rue, fait des ménages pour s’en sortir et finit par obtenir une bourse universitaire. Le tout est tiré d’un récit autobiographique de Stéphanie Land. On pouvait s’attendre au pire : un conte misérabiliste sur fond de success story à l’américaine, mais c’est plutôt réussi. C’est filmé avec beaucoup de finesse et surtout d’énergie. Les acteurs sont exceptionnels. La jeune Margaret Qualley interprète le rôle principal avec retenue et sensibilité, alors qu’il aurait été si facile de sombrer dans le pathos. Andy MacDowell, éblouissante, joue sa mère, une femme borderline dans un mobil home, qui peint des tournesols.

Les white trash, loin des clichés

La série nous plonge dans l’univers des « white trash », ces laissés-pour-compte américains. « Maid » réussit le tour de force de dépeindre ce milieu avec une certaine pudeur, sans pour autant enjoliver la réalité. Y sont abordés les problèmes de l’alcoolisme qui se transmet de génération en génération, auquel vient s’ajouter celui de l’addiction aux opiacés, lesquels ont été généreusement distribués par les labos à partir des années 90. Ces paradis artificiels à bas prix sont vite devenus un problème de santé publique : 52000 morts en 2015. Et bien sûr il est également question du chômage endémique, de la mal bouffe, de l’illettrisme. Cependant, les personnages de « Maid » échappent à cette fatalité pour une raison simple : ils ont encore des rêves. Alex, l’héroïne, veut écrire. C’est un personnage mû par une force vitale hors du commun, qu’elle doit en grande partie à sa petite fille. Quant à la mère, post hippie noyée dans des délires new age et des chimères d’amour avec des hommes plus venimeux les uns que les autres, elle est malgré tout pleine d’amour maternel.

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Il faut parler aussi du compagnon d’Alex et père de son enfant. C’est un alcoolique violent, mais c’est aussi un type qui tente tout pour s’en sortir et à ce titre, ce personnage incarne parfaitement le refus du manichéisme dans « Maid ».

La narration se construit sur trois axes : la fuite, la quête, et Maddy, la petite fille, un astre autour duquel tournent tous les personnages.

L’ombre de Kerouac

Alex fuit. Son compagnon, son père, et son passé. Cela donne presque un road movie dans une voiture synonyme de liberté. Sa fuite lui permet aussi de se retrouver, de retrouver la petite fille qui voulait protéger sa mère des coups que lui infligeait son père. Et c’est cette petite fille qui lui permettra d’éviter le fameux schéma de répétition. Sa fuite lui permettra également de trouver ce trésor à peine caché et qui la sauvera : l’écriture.

Et puis il y a donc la quête, celle d’une maison. Alex va de refuges pour femmes battues en hébergements chez de bonnes âmes. Elle est nomade, comme d’ailleurs presque tous les personnages. Et comme Paula, sa mère, qui vit dans une caravane, par nécessité, mais peut-être aussi par choix, comme un reste de rêve hippie qui aurait mal tourné. L’American dream les a tous abandonnés, alors nos personnages se tournent vers une idée de la liberté issue des années 60, la liberté libre des vagabonds célestes à la Kerouac pris, comme le disait l’auteur de Sur la Route, par « la démence de vivre ». 

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