Macron à Kiev: un périple «utile»?

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« Je suis prêt à aller à Kiev. Je ne le ferai pas seulement pour faire une visite d’ambassade. Je le ferai si cette visite permet de déclencher quelque chose, un processus nouveau. Si nous arrivons à re-déclencher le dialogue entre le président russe et le président ukrainien, alors ce sera utile ». Les propos tenus par Emmanuel Macron sur BFMTV, le 11 avril, sont revenus le hanter jeudi, alors que le Président se trouvait à Kiev avec le chancelier allemand Olaf Scholz et le président du conseil italien Mario Draghi pour rencontrer leur homologue ukrainien Volodymyr Zelensky. Si ce dernier peut être satisfait de l’engagement de ses visiteurs à soutenir le dépôt de la candidature à l’Union européenne et de lui livrer des armes supplémentaires, aucune sortie de crise ni négociation de paix avec la Russie ne semblent en vue. « Il n’y a pas matière à appeler Vladimir Poutine », a reconnu Emmanuel Macron. Rares dirigeants européens à ne pas avoir fait le pèlerinage dans la capitale ukrainienne depuis le lancement de la guerre par la Russie, le 24 février, les trois poids lourds de l’Union européenne s’étaient retrouvés la veille au soir, à la frontière polonaise, dans un train spécialement affrété. Comme subodoré, la visite de l’hôte de l’Elysée aux troupes françaises basées en Roumanie, suivie de son déplacement en Moldavie, s’est prolongée par une étape en Ukraine. Avant d’arriver le matin à Kiev, où le président roumain Klaus Iohannis les a rejoints, Emmanuel Macron, Mario Draghi et Olaf Scholz ont pu caler leurs positions en vue de leurs échanges avec le président ukrainien. Barbarie. Avant de rencontrer leur hôte, les dirigeants européens ont sacrifié à la traditionnelle visite à Irbid, ville martyre de la banlieue de la capitale, où le chef de l’Etat dit avoir vu « les stigmates de la barbarie », « les premières traces de ce que sont les crimes de guerre ». Lui qui appelait, il y a peu, à ne pas « humilier » la Russie à la grande colère de Kiev, en est arrivé à déclarer qu’il fallait que « l’Ukraine puisse résister et l’emporter ». Le temps d’une réunion suivie d’un déjeuner de travail élargi, les nuages entre les dirigeants européens et Volodymyr Zelensky semblent s’être dissipés. Les premiers ont assuré l’Ukraine de leur soutien au statut de candidat immédiat à l’adhésion de l’Union européenne (UE) et appelé la Russie à accepter que les Nations Unies organisent l’exportation des céréales ukrainiennes via une levée du blocus d’Odessa. « L’Europe est à vos côtés, elle le restera autant qu’il faudra jusqu’à la victoire », a assuré Emmanuel Macron qui a annoncé la livraison prochaine de six canons Caesar, en sus des douze déjà livrés. Tout paraît pardonné. En quatre mois de guerre, Emmanuel Macron avait déçu à plusieurs reprises les attentes de son homologue ukrainien. Ce dernier avait jugé « très blessant » le refus du président français de dénoncer, en avril, le « génocide » mené par Poutine en Ukraine, à l’instar du président américain Joe Biden. Le discours d’Emmanuel Macron le 9 mai devant le Parlement européen avait aussi été très mal reçu par les Ukrainiens. Outre la création d’une « communauté politique européenne », interprétée par Kievcomme un refus de faire entrer l’Ukraine dans l’UE, l’hôte de l’Elysée avait appelé à « ne jamais céder à la tentation ni de l’humiliation, ni de l’esprit de revanche ». Comprendre : à l’égard de la Russie. « Macroner ». Les appels téléphoniques répétés à Vladimir Poutine, savamment mis en scène et diffusés dans les vidéos du candidat Macron pendant la campagne présidentielle, ont eu aussi le don d’agacer Volodymyr Zelensky. Le Président français a depuis hérité d’un néologisme en Ukraine: « macroner », qui signifie « faire semblant d’être très inquiet à propos d’une certaine situation, le montrer à tout le monde, mais ne rien faire en substance ». Enfin, Emmanuel Macron a tardé à se rendre à Kiev. « Il serait bon qu’Emmanuel Macron vienne pendant la présidence française de l’UE » qui s’arrête le 30 juin, affirmait fin mai le ministre ukrainien des Affaires étrangères. Ce déplacement en Ukraine, à trois jours du second tour des élections législatives, a été vivement critiqué en France par les opposants d’Emmanuel Macron, qui y voient essentiellement une « opération de communication » du chef de l’Etat. « Emmanuel Macron se sert de cette posture de chef de guerre pour tenter d’avoir une influence sur les élections législatives », a ainsi affirmé Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national dans le Pas-de-Calais. Venant nourrir cette thèse, la présence d’Emmanuel Macron dans le journal télévisé de TF1 jeudi soir était annoncée. « Donc le président dispose de TF1 à 20 heures en plus des tarmacs officiels. Et moi ? En plus des réseaux sociaux, j’ai accès à TF1 aussi ? », s’est agacé sur Twitter le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui avait estimé un peu plus tôt qu’on pouvait « s’interroger sur le sens de ce voyage». La critique la plus véhémente est cependant venue de la droite républicaine. « Si on veut vraiment aboutir à un accord, à une médiation, ce n’est pas en se mettant en scène », a ainsi lancé le président de LR Christian Jacob, tandis que l’ancien ministre Jean-François Copé a fustigé la « folie » de la « stratégie d’évitement » d’Emmanuel Macron, qui « laisse monter extrême droite et extrême gauche ». Le périple ukrainien d’Emmanuel Macron et de ses homologues allemand et italien n’a pas plus impressionné Moscou. « Les Européens friands de grenouilles, de saucisses et de spaghetti aiment à visiter Kiev. Sans aucune utilité. Ils ont promis à l’Ukraine une adhésion à l’UE et de vieux obusiers howitzers, bu abondamment de la vodka et sont rentrés chez eux en train, comme il y a cent ans. Ce n’est pas ça qui amènera l’Ukraine plus près de la paix. L’horloge tourne», a tweeté Dmitry Medvedev, le vice-président du conseil de sécurité de la fédération de Russie…

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