Les procès des putschistes : à la recherche de l’honneur perdu

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

On ne peut s’empêcher de penser à l’inversion ô combien ironique de l’histoire française qui, du haut de l’année 1873, exige de nous un peu de recul et de souvenir. Cette année-là, le maréchal Bazaine fut condamné à mort pour avoir traité avec l’ennemi prussien et cédé une partie du territoire français, ayant renoncé au combat sans avoir épuisé tous les moyens de défense. Face au tribunal, Bazaine déclarait : « Que pouvais-je faire ? Les devoirs militaires ne sont stricts que quand il y a un gouvernement légal, mais non pas quand on est en face d’un gouvernement insurrectionnel. Il ne restait plus rien ». Le duc d’Aumale, qui présidait le procès, lui rétorqua cette phrase sans appel : « Il restait la France, monsieur le maréchal ! ».

D’instinct, l’on croit entendre l’écho d’une voix à la BBC, « la France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre » ! La France, paraît-il, ne mérite pas cet effort en toute circonstance.

Quel étrange parallèle, en effet, car c’est un gouvernement parfaitement légal, cette fois-ci, reprochant aux généraux Jouhaud, Salan, Challe et Zeller un mouvement insurrectionnel, alors qu’ils cherchaient l’unité plutôt que la division, et la conservation du patrimoine plutôt que sa perte. Quel étrange parallèle que celui de l’Armée qui, cette fois-ci, tentait de poursuivre l’œuvre d’une France éternelle face à un gouvernement et une politique toujours changeante, et face à un chef installé au pouvoir par ceux-là mêmes qui se retrouvaient dans le box des accusés.

Quel étrange parallèle que celui de l’Armée qui, cette fois-ci, tentait de poursuivre l’œuvre d’une France éternelle face à un gouvernement et une politique toujours changeante

Rappelons les faits : le 27 avril 1961, deux jours suivant le putsch, le président de la République décréta la création du Haut tribunal militaire et nomma lui-même ses membres, dont les jugements devaient être sans recours (sauf, bien sûr, celui de la grâce présidentielle). En mai et juin 1961 furent jugés les généraux Challe et Zeller, condamnés tous deux à quinze ans de détention criminelle. En juin et juillet de la même année, d’autres généraux et officiers, dont le commandant Hélie de Saint Marc, furent condamnés à leur tour. L’année suivante, les deux autres figures généralissimes du putsch, Jouhaud et Salan, affrontèrent le tribunal. Le général Jouhaud, adjoint de Salan à la tête de l’Organisation de l’armée secrète, fut condamné à mort le 13 avril 1962. Le 15 mai, le célèbre procès du général Salan s’ouvrit et, dans un retournement inattendu, fut condamné à la détention perpétuelle plutôt qu’à l’exécution.

Le verdict provoqua, outre la fureur du général de Gaulle, bafoué dans ses tentatives d’intimidation, la dissolution du Haut tribunal militaire et la commutation de la peine du général Jouhaud, désormais un non-sens, à la détention à perpétuité. Les procès ne manquèrent pas de drames : le général de Larminat, appelé à présider la Cour militaire de justice en 1962, se suicida pour ne pas avoir à juger ses pairs ; le général Ingold, grand chancelier de l’Ordre de la Libération, s’absenta dès le lendemain de la condamnation du commandant Saint Marc et démissionna en août 1962 ; certains procureurs, notamment le maître Reliquet, refusèrent de réclamer contre les accusés les peines demandées par les pouvoirs publics.

« Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours », déclarait devant le tribunal le commandant Hélie de Saint Marc

Le devoir de l’armée, n’ayant plus été réservé uniquement à l’organisation militaire, avait eu à assumer un devoir plus politique, comme le plaidait l’avocat de la défense M. le Bâtonnier André Toulouse, celui « plus magnifique, plus difficile, celui de représenter vis-à-vis de tous les habitants de l’Algérie la civilisation française, d’être le symbole de la France, et on a demandé à l’Armée de faire comprendre à tous les Algériens ce qu’était la politique de la France ». Cette frontière si floue entre militaire et politique fut longuement imposée par le gouvernement français. Comment alors retirer à ces honorables soldats la responsabilité qui leur imputait et qu’ils assumaient dans l’abandon du peuple qui les avait suivis, voire combattus à leurs côtés, entre autres lors du dernier conflit mondial ? « Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours », déclarait devant le tribunal le commandant Hélie de Saint Marc. Les accusés parlent du sacré, de serments, de la fidélité, puis de la foi comme s’ils provenaient d’un autre temps, plus noble et moins hypocrite[…]

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