Les critiques littéraires de septembre

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Enfer managérial

Dernier travail de Thierry Beinstingel, Fayard, 256 p., 19 €

Le procès Francec Telecom a déjà inspiré plusieurs écrivains, comme Vincent Message (Cora dans la spirale) ou Jean-Paul Honoré (Lieu de justice). Nul n’était mieux placé pour s’en emparer que Beinstingel, qui a précisément choisi le monde du travail comme sujet central de son œuvre. Dernier travail se déroule dans une grande entreprise de télécoms, sous le feu des projecteurs à cause du procès que lui intentent les familles d’employés suicidés. Anonymat des grandes structures, gouvernance par les nombres, jargon managérial infect, Beinstingel rebrasse les thèmes de ses livres en les articulant à de nouveaux personnages, à une nouvelle histoire. C’est à la fois un autre livre et le même qui continue, en creusant la même question : comment le travail tourne-t-il au trou noir qui dévore le travailleur et ses proches, en polluant tous les aspects de la vie, y compris la vie privée. Un beau roman en forme de galerie de portraits qui, malgré la gravité du sujet, parle aussi de réussite et de réconciliation. Bernard Quiriny



Une performance dans la bêtise

Je vais, tu vas, ils vont de Jenny Erpenbeck, Fayard, 352 p., 22 €

Un prof d’université retraité fait l’expérience de l’ennui, des journées vides et du sentiment d’être inutile, voire invisible. Il s’intéresse alors aux migrants africains qui campent sur l’Orianenplatz de Berlin, et se rend compte qu’ils sont un peu comme lui… Je vais tu vas ils vont est un roman d’une sottise pachydermique, dont le propos est parfaitement résumé dans le slogan de la quatrième de couverture : « L’autre, c’est nous ». Les procédés de l’auteure sont si gros qu’on a l’impression d’avoir affaire à une parodie. Un exemple. Le héros discute avec un migrant, lui apprend qu’il y avait jadis une frontière entre les Allemagne. Le sous- entendu est déjà énorme, mais l’auteure fait dire au migrant ceci, qui confère à la scène une sorte de bêtise sublime : « Et ce mur, il était aussi haut que la clôture de Mellila ? » Tout est à l’avenant, si démonstratif que c’en est touchant, si bête qu’on en est ému. Ce roman à thèse est une performance de bêtise humaniste, d’autant plus désarmante qu’il est par ailleurs très bien écrit et construit. Jérôme Malbert



En quête de l’oncle perdu

Turco de Sylvain Chantal, Le Dilettante, 220 p., 18 €

La quête des origines mâtinée d’introspection humoristique, c’est presque devenu un style à part entière, dont les éditions du Dilettante se sont souvent fait la spécialité. On n’échappe donc pas à certains clichés et passages obligatoires – un ton qui bute parfois sur sa propre légèreté à force de vouloir prendre le lecteur pour un pote de cantine, quelques portraits de proches un peu surjoués – pourtant, ce deuxième roman de Sylvain Chantal se lit sans déplaisir et parvient même à nous décrocher de francs sourires. En une centaine de chapitres courts et enlevés qui peuvent presque se lire comme des récits indépendants, l’auteur dépeint une sorte d’odyssée familiale rocambolesque, à la recherche d’un mystérieux arrière-grand-oncle turco-italien qui aurait été le chauffeur d’Haïlé Sélassié. Une quête qui passe par Rome et Beyrouth, et dans laquelle Chantal dézingue les travers du monde moderne avec une séduisante indolence. Marc Obregon […]

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