Le sort de l'Ukraine risque de se jouer à la roulette russe

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« Les Russes ne gagnent pas, les Ukrainiens non plus. Nous nous trouvons dans une sorte d’impasse. » A l’instar du lieutenant général Scott Berrier, le directeur de l’agence de renseignement du Pentagone (Defense Intelligence Agency), intervenant récemment devant la commission des forces armées du Sénat américain, les experts ne s’attendent pas à des percées militaires spectaculaires à venir. « Chaque partie pensant être en mesure de progresser sur le terrain, nous ne voyons pas de voie de négociation viable du moins à court terme », estimait lors de la même audition Avril Haines, la directrice du renseignement national américain. Loin d’avoir atteint les objectifs fixés à « l’opération spéciale », Vladimir Poutine ne peut se permettre politiquement d’engager la Russie dans un processus de paix. Volodymyr Zelensky, le président de l’Ukraine, n’est pas plus en position de faire des concessions. « Plus modéré et peut-être plus réaliste, il se contenterait de repousser les troupes de Moscou à leurs positions d’avant le 24 février. Mais aujourd’hui, pour la population, l’objectif est de revenir aux frontières d’avant 2014, c’est-à-dire de récupérer la Crimée et la totalité des territoires du Donbass », prévient Hanna Hopko, l’ancienne présidente de la commission des Affaires étrangères (2014-2019) du Parlement ukrainien (*). « Pénuries ». Le maître du Kremlin se prépare donc à un conflit prolongé. La bataille va se dérouler autant sur le terrain économique que militaire. « Il compte probablement sur un affaiblissement de la détermination des Etats-Unis et de l’Union européenne lorsque les pénuries de biens alimentaires et la hausse des prix de l’énergie vont s’aggraver », analyse Avril Haines, pour laquelle le président russe entend toujours atteindre ses objectifs « au-delà du Donbass ». Si les Occidentaux ont fait montre, jusque-là, d’une remarquable unité, des failles commencent à apparaître çà et là. L’accueil des réfugiés ukrainiens commence à peser financièrement et socialement sur certains pays voisins comme la Pologne, la Roumanie, la Moldavie etc. Surtout la perspective d’un embargo total sur le pétrole et le gaz russes continue de diviser les pays membres de l’UE. « L’énergie, c’est 40 % des exportations de la Russie et la moitié des recettes d’un budget établi sur la base sur le prix d’un baril à 77,7 dollars. Tant qu’un embargo total n’aura pas été imposé et que les prix du pétrole resteront élevés, il n’y a pas de risque de grande instabilité en Russie », estime Vadim Denysenko, directeur de l’Institut ukrainien pour l’avenir et conseiller du ministre de l’Intérieur (*). « S’il y a eu quelques craquements, les sanctions ont plutôt poussé les élites derrière Vladimir Poutine. La loyauté de l’armée et des sources de renseignement est très élevée et il n’y a plus d’opposition après les purges réalisées par le régime », résume Ilya Kusa, du même Institut (*). Récession. Même s’il prévient que les données économiques fournies par Moscou sont désormais sujettes à des aléas politiques, l’économiste Julien Vercueil, vice-président de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) dresse le même constat (*). Si l’inflation risque de s’établir cette année aux alentours de 18 % à 20 % et la Russie connaître sa première récession depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine avec une chute du produit intérieur brut de 5 % à 9 %, le régime ne devrait pas être ébranlé pour autant. « Dans le cadre actuel, je ne vois pas comment le pouvoir peut perdre le contrôle de la situation. Seul un assèchement des recettes énergétiques pourrait déboucher sur une crise systémique, une “resoviétisation” de l’économie, des remous sociaux et une haute instabilité politique », dit-il en recadrant les enjeux. « Le poids du pays dans le commerce extérieur de l’Union européenne est similaire à celui de la Suisse quand celui de l’UE en Russie est deux à trois fois celui de la Chine », précise-t-il. La situation promet d’autant plus de se tendre que Vladimir Poutine se trouve confronté à un décalage entre ses ambitions et ses capacités militaires conventionnelles, selon Avril Haines. « Le contexte actuel augmente la probabilité qu’il ait recours à des moyens drastiques, y compris l’imposition de la loi martiale, à une réorientation de la production industrielle, voire à une escalade des opérations militaires, pour atteindre ses objectifs si le conflit s’enlise ou s’il sent que la Russie est en train de perdre », prévient-elle. (*) Les citations sont tirées de récentes visioconférences organisées par l’Institut français des relations internationales (Ifri), le Wilson Center et le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).

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