Le métro de la mort : « Si l’on n’en parle pas, c’est sans doute parce que cela a lieu à Marseille »

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Trois jours avant qu’Emmanuel Macron présente, à Nice, les 15 milliards d’euros de dépenses supplémentaires inscrits dans une nouvelle loi de programmation et d’orientation de la sécurité intérieure pour son prochain quinquennat, a lieu un de ces “faits divers” dont on ne parle même plus. Parce que cela s’est produit à Marseille.

Nous sommes le vendredi 7 janvier. La scène se passe à 20 h 30, à la station de métro Notre-Dame-du-Mont, située au centre-ville, non loin de la gare Saint-Charles. Dans la foule qui se presse vers les rames, un homme jeune et sa fiancée. Mais aussi un voyou, peut-être accompagné d’une bande, qui veut s’emparer du portable de la jeune femme. Courageux, et téméraire, le fiancé s’interpose pour la défendre contre l’agresseur. Celui-ci sort un couteau et le frappe. Sa victime tombe, se redresse, fait quelques pas ; il sera transporté à l’hôpital où il mourra de ses blessures dans la nuit. Le voyou, lui, s’est échappé à travers la foule.

À Marseille, cette semaine-là, c’est le troisième tué sur la voie publique. Le 4 janvier, un jeune homme achète des fleurs dans une boutique ; surviennent deux hommes, qui sortent d’une voiture conduite par une femme, et font feu. L’homme est criblé de balles. Les agresseurs seront retrouvés le même jour par la police à Brignoles, dans le Var. Le lendemain, c’est un Marocain de 30 ans qui est blessé à mort dans une autre rue.

Les policiers attribuent ces deux tués à des règlements de compte du milieu ; ils font la différence avec le jeune homme du métro, qui est, lui, une victime de la délinquance courante, quotidienne, qui ne cesse de se répandre dans la ville. Suscitant la colère de la présidente de la Régie des transports métropolitains, Catherine Pila, responsable du métro.

« On ne se préoccupe pas de la sécurité des Français trois mois avant une élection présidentielle… »

Qu’avez-vous fait de l’accord que nous avions signé en 2019 ? demande-t-elle à la Mairie. « Les engagements signés par la ville de Marseille doivent être tenus », répète-t-elle, sachant pertinemment que, depuis, la couleur politique de la municipalité a changé. Il était prévu d’affecter vingt policiers municipaux au métro. Où sont-ils ?

Le nouvel adjoint au maire chargé de la “tranquillité publique”, Yannick Ohanessian, socialiste, ne répond pas à la question : il préfère dénoncer « la politique politicienne » alors qu’il en est le premier porte-voix, en oubliant qu’il y a eu un homme tué dans l’affaire. Et pourtant, il y a trois mois, au moment où Emmanuel Macron se rendait en visite à Marseille avec un premier plan de sécurité, le même M. Ohanessian insistait dans le quotidien la Provence : « Il faut plus de police sur la voie publique. » Mais pas dans le métro ? L’accord de 2019 chargeait les policiers municipaux de patrouiller soir et nuit dans les deux lignes souterraines.

Car il y a bien une police municipale, « la plus nombreuse du territoire » (450 hommes et femmes). Mais si l’adjoint chargé de la “tranquillité publique” ne sait pas affecter ses policiers là où il le devrait, c’est parce qu’il croit pouvoir compter sur les associations de toute nature qu’il estime à son service. À qui fera-t-il croire qu’elles peuvent assurer l’ordre et la sécurité ? Responsable, mais pas coupable, vieil adage socialiste. Cette affaire n’est qu’un exemple. Si l’on n’en parle pas, c’est sans doute parce que cela a lieu à Marseille. On a bien tort. Elle résume ce qui se passe dans les débats du moment. D’une certaine manière, Éric Ciotti y fait écho quand il prévient : « On ne se préoccupe pas de la sécurité des Français trois mois avant une élection présidentielle… »

Dans le gros programme d’Emmanuel Macron figure une disposition prévoyant le doublement de la présence policière dans les transports en commun « aux heures où les agressions sont le plus constatées » . C’est bien de constater qu’il y a là un problème à résoudre. Mais quel dommage d’avoir reporté le remède au prochain quinquennat ! Comme s’il n’y avait pas urgence…

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