Le crépuscule des énergies fossiles n’est pas pour demain

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A l’approche de l’été, l’Agence internationale de l’énergie ne manque pas de souligner la forte reprise du trafic aérien. Mais, pour l’AIE, l’effet sur la demande pétrolière ne sera pas que saisonnier. La pandémie de Covid handicape aujourd’hui nettement moins la vie quotidienne de la planète, et « la dynamique derrière la reprise des voyages en avion en Europe et en Amérique du Nord est de plus en plus manifeste », soulignent ses experts. L’aviation n’est que l’un des signaux d’un retour à la normale. « La consommation [de pétrole] va surpasser les niveaux pré-pandémie pour la première fois, à 101,6 millions de barils par jour (mb/j) en 2023 », souligne l’AIE dans son rapport mensuel de juin. « Une grande part de cette probable accélération résulte d’une reprise robuste de la demande chinoise, faisant suite aux graves perturbations liées au Covid-19 en 2022 », explique l’AIE. Shanghai a enfin émergé d’un confinement draconien, Pékin y échappe pour le moment, et a récemment levé une série de restrictions. Cela fera plus que compenser un ralentissement du côté des pays développés de l’OCDE. Cette année, la demande mondiale d’or noir devrait frôler 100 millions de barils/jour à 99,4 mb/j, un chiffre légèrement revu à la hausse. Ce n’est pas l’Opep+ qui y pourvoira : « l’offre totale annuelle pourrait baisser en 2023 avec les embargos et les sanctions affectant les volumes en provenance de Russie et des producteurs hors du Moyen-Orient qui souffrent d’une poursuite de leur déclin », note l’AIE. La promesse faite début juin par l’Opep+ d’une majoration de sa production pendant les deux mois d’été risque fort de faire pschitt, les marchés n’y ont d’ailleurs jamais cru. Il va donc falloir compter sur d’autres producteurs. Le rapport cite les Etats-Unis, la Norvège, le Brésil, le Canada, notamment. Très politique. Alors que les factures énergétiques s’emballent depuis des mois, et que la chute des livraisons de gaz russe à l’Europe (-60 % la semaine dernière) ne fait qu’attiser l’incendie, la planète reste dramatiquement dépendante des énergies fossiles. Développer les renouvelables ? Bien sûr, mais derrière le lancement de projets, leur poids dans la consommation mondiale d’énergie peine toujours à décoller, révèle le rapport annuel du réseau d’experts REN21. Entre 2009 et 2019, les ENR sont passées de 8,7% à 11,7 % de la demande finale, alors que la part des énergies fossiles stagnait autour de 80%. En 2020, la tendance s’est très légèrement infléchie, avec un rapport qui reste malgré tout fortement déséquilibré, à 78,5 % – 12,6 % (le solde étant le fait d’autres sources d’énergie). Le rapport souligne certes une augmentation record des capacités et de la production d’électricité l’an dernier, mais sa consommation a également augmenté de 6 %. C’est l’une des conséquences de la nécessaire transition énergétique. Mais pour atteindre le « net zéro » émission de CO2 en 2050, celle-ci doit aussi s’accompagner d’une meilleure efficacité et d’une nette baisse de la demande finale d’énergie, nous en sommes loin. Dans les transports, la situation a très peu évolué, « la part des énergies renouvelables a augmenté de 2,4 % en 2009 à 3,7 % en 2019 », déplore REN21. « L’absence de progrès est particulièrement inquiétante car celui-ci représente presque un tiers de la consommation mondiale d’énergie », insiste l’organisation. En attendant de passer la vitesse supérieure sur les ENR, le sujet devient très politique. Aux Etats-Unis, à quelques mois des élections de mi-mandat, Joe Biden juge inacceptables « les marges de profit des raffineries bien au-dessus de la normale, qui sont répercutées directement sur les familles américaines ».

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