La loi électorale, terrain de négociation suprême de la politique italienne

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A l’approche des élections législatives italiennes, prévues au printemps prochain, une question commence à circuler au sein du Parlement transalpin : quelle sera la loi électorale ? Cette question, loin d’être purement technique, fait partie du jeu politique en Italie : depuis la chute de la « Première république » en 1993, l’Italie a changé quatre fois le système électoral suivant le principe qu’on change de règle en fonction des rapports de force du moment. Aujourd’hui, le système électoral repose un dispositif mixte, dans lequel 31% des sièges sont alloués par un scrutin uninominal majoritaire à un tour, 67% des sièges à la proportionnelle et le reste assigné aux Italiens à l’étranger. L’idée est de favoriser la constitution de deux coalitions avant le vote, mais ce projet n’a pas résisté à la réalité : la législature a vu passer trois gouvernements d’obédiences différentes sans aucun rapport avec le résultat des coalitions de 2018. Cette fois-ci, un terrain d’entente semble se former en faveur de la proportionnelle intégrale, selon un parlementaire du Parti démocrate au centre des négociations : « On a donné l’illusion aux électeurs de pouvoir élire directement le président du Conseil et lui permettre de gouverner cinq ans, alors qu’on s’aperçoit que les rapports de force au Parlement peuvent changer. Pourtant, comme le point de départ n’est pas la proportionnelle, les dynamiques parlementaires sont perçues comme une trahison du mandat et contribuent à discréditer le monde politique. » Au sein du Parlement, ce changement est plébiscité par le Mouvement 5 étoiles, les petits partis du centre ainsi que dans les rangs du Parti démocrate. Son secrétaire, Enrico Letta, travaille depuis un an à une coalition avec le Mouvement 5 étoiles, fort de sa position dans les sondages, qui donnent le Pd à 22 % contre 12,5 % pour le M5s. Hégémonie. Du côté des Frères d’Italie (FDI), favorables au scrutin majoritaire et à une réforme constitutionnelle présidentialiste, on dénonce ces arrangements : « Certains partis ont l’habitude de perdre les élections et de gagner le gouvernement, donc ils essaient de changer les règles à leur avantage. Notre position est claire : plutôt défendre cette loi que de risquer un retour à la proportionnelle », explique le député FDI Giovanni Donzelli. La leader Giorgia Meloni a tout intérêt à un mécanisme qui sanctuarise la coalition de droite, car son parti y est dominant : avec environ 22% des intentions de vote, la formation néofasciste est loin devant ses alliés de la Ligue, à 16%, et Forza Italia, à 8%. « Il faut le reconnaître, continue notre interlocuteur du Parti démocrate, ce sont Matteo Salvini et la Ligue qui ont toutes les cartes en main. S’ils décident de jouer, on change la loi en une semaine. » Salvini doit trancher un dilemme : avec la loi électorale actuelle, il peut gagner les élections en coalition avec Frères d’Italie et Forza Italia, mais il déteste l’idée de devenir subordonné à Giorgia Meloni. Avec la proportionnelle, il risque de se retrouver à nouveau dans un gouvernement d’unité nationale avec le Parti démocrate, qu’il hait : « On est dans une impasse : notre stratégie pour 2023 se fondait sur un résultat autour de 25 %, donc une victoire grâce à la loi électorale actuelle accompagnée par une hégémonie dans la coalition de droite. Si on est à 16 %, comme le disent les sondages, tout change… », décrypte un parlementaire issu de la Ligue.

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