«La France est plus isolée que jamais en Afrique». La chronique d’Hakim El Karoui

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Emmanuel Macron est parti en Afrique dans une situation paradoxale : c’est le continent, le domaine de sa politique étrangère où il a le plus innové. Et c’est celui où il semble le plus en échec. Le plus innové car il a d’abord élargi le champ géographique de ses intérêts africains en s’intéressant à l’Afrique anglophone, au sud de l’Afrique, à l’Est, au Nigeria (où, étudiant à l’ENA, il a été stagiaire). En élargissant également le champ de ses interlocuteurs pour ne pas se limiter seulement aux gouvernements : on se souvient de son discours à la jeunesse africaine à Ouagadougou en octobre 2017 ou du sommet Afrique-France à Montpellier en octobre 2021 où le président avait réuni la société civile franco-africaine. A chaque fois, il s’est prêté au jeu des questions-réponses, comme jamais un président avant lui. A chaque fois, il a été bousculé et a fini par convaincre une large part de son auditoire. Et, dans le même temps, jamais la France n’a paru aussi faible en Afrique. Au Nord, d’abord, où malgré les efforts d’Emmanuel Macron, la relation avec l’Algérie n’a pas pu se renouveler. Avec la Tunisie, rien n’avance, son gouvernement étant faible, empêtré dans l’obsession du changement institutionnel. Avec le Maroc, les liens se sont distendus depuis que le royaume chérifien a parié sur l’alliance américaine et israélienne. Incompréhension. Mais c’est en Afrique subsaharienne francophone, dans l’ancien pré carré français, que l’affaiblissement de la France est le plus évident : retrait spectaculaire du Mali après une guerre sans fin, affaiblissement des alliés traditionnels (Sénégal, Burkina Faso, Niger), soutien à des processus non démocratiques (succession au Tchad, voire troisième mandat du président de Côte d’Ivoire), baisse de l’influence économique au profit de la Chine, incapacité à entraîner ses alliés occidentaux traditionnels à s’intéresser à nouveau à l’Afrique. Bref, la France est plus isolée que jamais en Afrique. La conséquence de cet affaiblissement, c’est une évolution négative de l’image de la France dans la région, sous l’effet de discours nationalistes et de manipulations de l’information par des trolls russes notamment avec un discours qui s’est peu à peu imposé : « si la France n’a pas été capable de battre les djihadistes mal équipés et peu nombreux, c’est qu’elle ne le voulait en fait pas… Ou alors, c’est qu’elle est devenue très faible. » Pourquoi cet échec ? Parce que je crois que les autorités françaises n’ont pas compris ce qui se jouait dans cette partie du monde : le rejet des élites corrompues, une nouvelle jeunesse et des enjeux de répartition du pouvoir et des richesses importants car, même si ce n’est pas évident, cette partie du monde s’est enrichie, notamment dans les villes. Ensuite, la France peine à sortir du double standard traditionnel : « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ». Une seule solution donc pour la France : investir pour comprendre les mouvements profonds des sociétés africaines, dans la ligne de ce qu’a fait Emmanuel Macron. Mais en allant plus loin. Et mettre ses actes en accord avec son discours… Ou alors changer de discours.

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