Inflation, dette, fiscalité : l’Europe se déchire à nouveau

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Bruno Le Maire aurait probablement souhaité un « happy end » pour son dernier Eurogroupe/Ecofin sous présidence française. Mais à Luxembourg, les deux deniers jours de discussions entre grands argentiers européens ont surtout été marqués par le retour des dissensions sur les questions de rétablissement des comptes publics dans un contexte inflationniste fort, ainsi que sur la mise en place historique d’un impôt minimum sur les sociétés de 15% dans l’Union européenne. Au lendemain d’une réunion exceptionnelle de la Banque centrale européenne (BCE) pour calmer les fortes tensions sur le marché des taux souverains de la zone euro, sa présidente Christine Lagarde est venue expliquer les mesures nouvelles actées par le conseil des gouverneurs, reprenant pour l’essentiel le communiqué publié mercredi par Francfort. Mais pour les frugaux de la zone monétaire, Allemands, Autrichiens et Néerlandais en tête, priorité doit désormais être donnée au rétablissement des comptes publics. « Tous les Etats membres doivent revenir à des finances publiques saines, nous devons réduire nos déficits et nous avons besoin d’une trajectoire fiable vers la réduction des dettes », a déclaré le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, à la presse à son arrivée à la réunion. Pas de panique pour autant : lui ne croit pas à un risque de fragmentation de la zone euro. « Il n’y a pas de raison d’être inquiet », a-t-il assuré. Responsabilité. Ce n’est pas du tout l’avis de son homologue autrichien. « Nous sommes très inquiets », a indiqué Magnus Brunner, avant d’appeler les Etats membres à mettre « de l’ordre dans (leurs) budgets ». « La période n’est pas facile », a appuyé la ministre des Finances néerlandaise, Sigrid Kaag, soulignant elle aussi l’importance de la stabilité budgétaire et de la lutte contre l’inflation. Une lutte qui, pour les frugaux, passe par la politique monétaire gérée indépendamment par la BCE, et qui ne peut être efficace que si les Etats prennent leur responsabilité en matière de politique budgétaire. Ce n’est visiblement pas la lecture des Français. « Sur la dette, je pense qu’il faut être clair sur l’agenda (de rétablissement des comptes publics) et sur l’approche globale », a répondu vendredi matin Bruno Le Maire, mais il faut y aller « pas à pas ». Pour le ministre, « la priorité est pour l’instant de protéger les ménages contre les conséquences de l’inflation, notamment les plus modestes ». Pas question de parler rigueur à deux jours des législatives et deux semaines de la présentation d’un paquet pouvoir d’achat à plusieurs dizaines de milliards d’euros de dépenses nouvelles. « Ensuite bien sûr, il faudra réfléchir à la réduction à long terme des dettes », a-t-il ajouté. Un « ensuite » qui va sembler bien lointain aux partenaires européens de la France, Bruno Le Maire évoquant la menace inflationniste « jusqu’à la fin de 2023 », qui se trouve aussi être la fin de la mise entre parenthèses du pacte de stabilité et de croissance. Inflation et dette, mais aussi fiscalité. Les 28 devaient ce vendredi signer un accord historique mettant en place un impôt minimum sur les sociétés de 15% au sein de l’UE. L’espoir était fort après le feu vert de la Pologne qui bloquait jusqu’ici. Mais c’est la Hongrie qui, pour des raisons politiques, a mis son véto dans la dernière ligne droite. Une nouvelle raison pour la France d’accélérer la réforme des processus de décisions et passer à la majorité qualifiée, surtout avec des perspectives d’élargissement de l’UE et des réponses aux crises qui demandent à être de plus en plus rapides. « C’est le prochain chantier institutionnel français. Nous voulons poser le débat sur les sujets fiscaux et y répondre très rapidement pour passer de l’unanimité à la majorité qualifiée », indique l’entourage du ministre. Pour cela, la sortie de la présidence française de l’UE sera une chance, la France ne pouvant pousser son propre agenda durant la période.

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