Grâce à Mélenchon, la gauche effectue un retour en force à l'Assemblée

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Les électeurs de gauche n’ont finalement pas « déferlé » dans les urnes comme Jean-Luc Mélenchon les y avait invités au soir du premier tour. Mais avec 165 à 175 sièges selon les premières projections de l’Ifop, la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) a permis à la gauche d’effectuer dimanche un retour fracassant dans l’hémicycle. « Demain matin, peut être que vous vous réveillerez avec une majorité de la Nupes à l’Assemblée nationale ou bien avec le premier groupe. Aucun tripotage, aucun arrangement ne nous privera de cette possibilité. Et si ça n’est pas le cas, alors vous regarderez d’abord la puissance formidable que vous avez accumulée », a réagi à chaud le chef de file de La France insoumise (LFI). S’il a préféré « attendre les chiffres des grandes villes » avant de s’incliner pour de bon, la marche semblait toutefois trop haute pour Matignon. Qu’importe pour la gauche et les écologistes coalisés. « Si on est le premier groupe d’opposition, ce ne sera pas une défaite », assurait avant le scrutin le stratège insoumis Manuel Bompard, élu dimanche à Marseille dans la circonscription de Jean-Luc Mélenchon. C’est désormais chose faite. Cerise sur le gâteau, de nombreux ministres sont au tapis et l’exécutif n’est pas parvenu à décrocher une majorité absolue. « C’est une situation inattendue, absolument inouïe. La déroute du parti présidentiel est totale et aucune majorité ne se présente […] Le macronisme ne s’est pas seulement mis en faillite lui-même, il a plongé le pays dans une impasse », a déclaré Jean-Luc Mélenchon. Avec ce « grand jaillissement », la Nupes a réussi surtout son épreuve du feu. Les chiffres sont éloquents. Laminés en 2017 avec à peine une soixantaine de rescapés au total, la gauche et les écologistes, unis cette fois, devraient multiplier par trois leur nombre de députés. Le pari d’un référendum anti-Macron au second tour, agrémenté de clins d’œil aux électeurs populaires du Rassemblement national (RN), s’est révélé payant. Si LFI se taille la part du lion avec potentiellement 85 sièges (contre 17 jusqu’à présent), ses partenaires retrouvent eux aussi leurs petits dans l’affaire. « Vu notre score de la présidentielle, on ne va pas cracher dans la soupe », jugeait il y a encore quelques jours un élu d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Avec près de 28 députés selon les projections, les écologistes peuvent en effet s’estimer heureux puisqu’ils font leur retour à l’Assemblée avec un groupe plus étoffé que les lors des scrutins précédents. Gauche remodelée. Même chose pour le PS où l’accord a suscité un schisme et une salve de candidatures dissidentes mais qui ont vécu. Avec près de 22 élus, le parti perd des élus mais se maintient dans l’hémicycle malgré la déroute d’Anne Hidalgo et son score d’1,7 % à la présidentielle. Le premier secrétaire du PS Olivier Faure, honni par une partie des siens depuis qu’il a pactisé avec LFI, a ainsi été confortablement réélu dans la 11e circonscription de Seine-et-Marne avec 65 % des suffrages. Les communistes sauvent également les meubles (environ 13 députés élus), à l’image de leur secrétaire national, Fabien Roussel, réélu dans la 20e circonscription du Nord avec 54,5 % des voix. Comme c’est souvent le cas, le PCF devra sans doute rallier plusieurs élus ultramarins afin de sécuriser la constitution de son groupe parlementaire. La vague Nupes comptera pourtant un absent et non des moindres : Jean-Luc Mélenchon, qui a fait de la Nupes une nouvelle composante de son legs politique. « Des opportunités incroyables vont se présenter devant vous, et en particulier pour la jeune génération […] Vous disposez d’un magnifique outil de combat dont vous aviez été privés pendant tant de temps. Cet outil, c’est la Nupes », a-t-il lancé à la foule massée pour la soirée électorale. La résurrection de la gauche, à travers cet accord historique, va en effet peser lourd en son sein. « Ce qu’a fait Mélenchon, c’est reconstruire le pilier qu’était autrefois le PS. Ce n’est pas la fusion ultime mais son programme de toujours avec de l’écologie dedans. Il a le sens de son rôle dans la gauche, il est heureux car il l’a modelé à sa façon. C’est une forme d’accomplissement pour lui, donc je comprends sa jubilation », analysait un cadre écologiste à quelques jours du scrutin. Sacrée première force d’opposition face au bloc macroniste, la Nupes va rapidement devoir apprendre à fonctionner et à s’émanciper de celui qui l’a portée jusque-là. Quel avenir pour l’éphémère candidat au titre de Premier ministre ? « Je change de poste de combat mais mon engagement est et demeurera jusqu’à mon dernier souffle dans le premier de vos rangs, si vous le voulez bien », a-t-il lâché à ses sympathisants. Le tribun s’amusait ces dernières semaines de voir certains commentateurs le mettre à la retraite anticipée. Désormais libre de tout mandat, son ombre risque de porter encore longtemps sur un hémicycle où siégeront pourtant tous les chefs à plumes d’une gauche qu’il a unie contre l’avis de plusieurs de ses proches. « Pas un instant nous ne renonçons à l’ambition d’être ceux qui gouvernent ce pays », a averti Jean-Luc Mélenchon. Le combat continue, il va démarrer dès cette semaine dans une Assemblée qui s’annonce d’ores et déjà incontrôlable.

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