« Faute lourde », « individualiste », « transfuge de l’extrême droite » : le ralliement de Guillaume Peltier à Éric Zemmour sème la zizanie chez les Républicains

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Guillaume Peltier, mort ou vif. La tête de l’ancien vice-président des Républicains est désormais mise à prix. En officialisant ce dimanche 9 janvier, son ralliement à la campagne d’Éric Zemmour, Guillaume Peltier est devenu aux yeux de sa famille politique, un paria, un fugitif, un traître.

Il est loin le temps où cette même famille politique l’érigeait en héraut de la campagne de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012. Porté aux nues, tantôt proche de Laurent Wauquiez ou de Jean-François Copé, il gravit un à un les échelons du mouvement, occupant à trois reprises le poste de vice-président. C’était d’ailleurs lui, qui en plein confinement, était envoyé au front dans les médias pour parler des questions sur l’identité, l’islamisme, l’insécurité et les fraudes sociales. Mais ce 9 janvier acte le point de non-retour entre Peltier et ses ‘‘amis’’ d’hier.   

Jacob voulait se débarrasser de Peltier

Rue de Vaugirard, c’est la stupéfaction. Nul ne semblait s’attendre à un tel effet d’annonce. Une heure plus tard, dans un tweet aussi précipité que lourd de conséquence, Christian Jacob règle ses comptes : « Alors qu’il n’exerçait plus aucune responsabilité dans les instances de LR, Guillaume Peltier fait un retour aux sources en rejoignant Éric Zemmour. Par cette décision, il est de fait exclu de notre famille politique et ne peut plus s’en revendiquer. » « Retour aux sources », « interdiction de se revendiquer des Républicains »… Les mots ont un sens, tout comme leur portée. Comprenez ici, Christian Jacob se débarrasse enfin du vilain petit canard de LR.

En juin dernier, il recadrait déjà son n°2 dans les colonnes du Figaro à propos de ses atermoiements idéologiques : « Être responsable politique implique plus de devoirs que de droits. Un dirigeant se doit de représenter l’ensemble de sa famille politique. Il y a un devoir d’exemplarité. J’invite chacun à se concentrer sur la campagne et à jouer collectif (…). Je demande à tout le monde d’être sur cette ligne et de ne pas s’éparpiller dans les commentaires. » Et d’ajouter : « Ses déclarations nous ont fragilisé et je ne les partage pas. Nous nous en sommes expliqués. »

Avec cette révocation, le président des Républicains enfonce le dernier clou dans le cercueil de son ancien dauphin. L’année 2021 n’aura pas été tendre pour Guillaume Peltier, et pour Christian Jacob encore moins. Au printemps, le député du Loir-et-Cher soutient mordicus avoir « les mêmes convictions que Robert Ménard ». Rebelote, quelques mois plus tard, quand il publie un tweet de félicitations à Éric Zemmour, à la suite de son meeting de Villepinte. Deux « fautes » qui lui seront fatales.

« Jamais le patron des LR n’aura pardonné les sorties de son ancien protégé, l’accusant d’entretenir  une certaine ambiguïté avec le Rassemblement national et Marine le Pen. »

Le chef de file des LR se montre alors intransigeant, non sans une certaine satisfaction. Il limoge en juillet Guillaume Peltier de son poste de numéro 2, alors même que le mois précédent, il lui assurait qu’il n’était pas question de le priver de son statut. C’est dans le huis-clos du bureau politique qu’il scelle, sans l’avertir, le sort de l’ancien « mégretiste », en le remplaçant par Annie Genevard, vice-présidente de l’Assemblée nationale. Le couperet tombe l’hiver suivant, avec sa mise à l’écart définitive de la vice-présidence. Jamais le patron des LR n’aura pardonné les sorties de son ancien protégé, l’accusant d’entretenir une certaine ambiguïté avec le Rassemblement national et Marine le Pen. 

Si les jalousies exacerbées et les plaintes à répétition des cadres LR contre Guillaume Peltier ont influencé la décision finale de Christian Jacob, celui-ci préparait secrètement ce limogeage. Comme le rappelle Marianne, l’ancien maire de Provins patientait en « attendant la désignation de notre candidate avant de l’annoncer ». Résultat : le 7 décembre, Jacob sort du bois : « On ne peut pas avoir un vice-président qui fait des œillades à Zemmour. » Monsieur Jacob semblait mois cinglant lorsque son « cher Guillaume » retirait sa candidature pour le congrès de 2019, pour faciliter sa propre accession à la présidence du parti. 

Un « transfuge de l’extrême droite »

« Un non-événement. » Sur France info, Valérie Pécresse soupire… de joie. Les questions des journalistes sur Guillaume Peltier la laisse indifférente. Cinglante, la candidate des Républicains fait montre d’une certaine supériorité, à l’égard de celui qu’elle considère « vouloir faire un coup de « com » ». Et d’ajouter cynique : « Je lui souhaite bonne chance [à Éric Zemmour], parce qu’en général, ceux soutenus par Guillaume Peltier ne gagnent pas les élections. » La veille, Guillaume Peltier la dénigrait sur CNews en affirmant alors « ne pas avoir confiance en elle » et la comparant à Emmanuel Macron.

Entre Pécresse et Peltier, l’inimitié remonte à la présidence de Laurent Wauquiez. La première accuse le député du Loir-et-Cher, comme le rapporte Atlantico, de « détester les sujets européens ». Dans les coulisses de la rue de Vaugirard, en plus d’une certaine rivalité avec le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Pécresse n’apprécie guère la liberté de parole du vice-président Peltier. L’entourage proche de l’ancienne ministre du Budget laisse entendre, qu’à l’image de Wauquiez, Peltier « caporalise le parti » et représente à droite « cette mouvance beaucoup moins libérale que les autres sur le plan économique ». Un premier couac avant la tragique rencontre du 8 décembre 2021.

Peu de temps après le second tour du congrès LR, Valérie Pécresse reçoit Guillaume Peltier. Au cours de cet entretien, la tension est à son comble. L’entremetteur n’est autre que Geoffroy Didier. L’eurodéputé est connu pour ses liens étroits avec Peltier, comme co-fondateur de La Droite forte, et avec Pécresse, en sa qualité de conseiller régional. Mais, l’entrevue tourne vite au vinaigre. Si sur CNews, Peltier clame ne pas avoir la moindre confiance envers sa candidate, elle-même, dans le feutré de cette rencontre, lui retourne le compliment. Guillaume Peltier convoite un poste important dans l’équipe de campagne que Valérie Pécresse ne compte pas lui offrir. Un dernier échange glacial qui, au lendemain de l’éviction de la vice-présidence de Peltier, annonce la rupture à venir.

« Je lui souhaite bonne chance [à Éric Zemmour], parce qu’en général, ceux soutenus par Guillaume Peltier ne gagnent pas les élections. »

Et dans l’entourage de Pécresse, on s’en félicite. L’argumentaire est ficelé. Dans le fond, beaucoup de critiques.  « Guillaume Peltier, ce qu’il fait, c’est toujours de la petite manœuvre politicienne, toujours dans son intérêt individualiste », fustige un cadre LR. Pour Agnès Evren, porte-parole de la campagne de Valérie Pécresse, « c’est tout sauf une surprise, Guillaume Peltier c’est un transfuge de l’extrême droite », commente-t-elle sur Twitter. Pour Othman Nasrou, vice-président à la région Ile-de-France et porte-parole de la campagne sur BFM tv : « Si on doit faire une émission de télévision chaque fois que Guillaume Peltier retourne sa veste, on ne parlerait plus que de lui. On voit bien aujourd’hui que Guillaume Peltier fait un choix individuel, puisqu’il a été démis de ses fonctions au sein des Républicains, il y a déjà un moment. Il a choisi de suivre une autre responsabilité ailleurs. »

Ciotti, Aubert, Larrivé … Tous abandonnent Peltier

« Les amis d’aujourd’hui sont les ennemis de demain. » La maxime d’Alexandre Dumas sied à merveille pour qualifier la situation de Guillaume Peltier. En un week-end, il a vu ses plus proches amis tourner les talons pour mieux lui tirer dans le dos. Et la première charge est venue… d’Éric Ciotti. 

Le député des Alpes-Maritime fustige l’attitude de son allié au congrès : « Je suis déçu par l’attitude de Guillaume Peltier. Il commet une lourde faute. » Pleinement acquis à la cause de la présidente de la région Ile-de-France, Ciotti, avec cette déclaration, fait taire les rumeurs le rapprochant d’Éric Zemmour. Déjà, en décembre dernier, il se fendait d’un commentaire lacunaire : « À la tête d’un parti, il doit y avoir une équipe cohérente (…). Christian Jacob en est le chef, je lui rends hommage pour ce qu’il a fait à la tête de notre parti. Guillaume Peltier, qui est mon ami, reste membre du bureau politique, où il peut faire entendre sa voix. »

Un « ami » qu’il n’a pourtant pas hésité à égratigner sur la place publique, dès le lendemain de l’annonce de son départ dans le camp Zemmour. Martelant un discours anti-Peltier, il profite de cette occasion pour s’ériger en chevalier blanc de son camp. Sur LCI, il déclare : « Ceux qui sont tentés par Eric Zemmour ou sont partis chez Marine Le Pen, je leur dis de revenir et d’avoir un vote de responsabilité. »

Encore sur RMC, il affirme que « Guillaume a beaucoup changé dans sa carrière politique. Il est un peu comme la migration des animaux, il revient toujours au point de départ. Il était au RN, il y revient progressivement. C’est peut-être l’avant-dernière étape ». Plus critique, dans le Figaro, Ciotti à propos de Peltier qu’il « commet une faute de loyauté vis-à-vis de notre famille politique ; il commet une lourde faute vis-à-vis du moment historique que nous vivons ». À propos de son propre électorat, il ajoute même que le député du Loir-et-Cher « n’a aucune légitimité pour parler en leur nom ». Ambiance.

Comprenez ici, avec ces différents déclarations, Éric Ciotti tente de faire oublier ses anciennes relations avec le député du Loir-et-Cher. Et pourtant… Ils ont fait campagne ensemble au congrès de 2019 pour permettre la victoire de Christian Jacob. Ils étaient côte-à-côte à l’Assemblée pour combattre le projet de loi asile et immigration. Ils se sont soutenu mutuellement, faisant des déplacements réguliers dans leurs fiefs respectifs, du Cannet et de Montargis.

Comprenez ici, avec ces différents déclarations, Éric Ciotti tente de faire oublier ses anciennes relations avec le député du Loir-et-Cher, pour se dresser en chevalier blanc de son parti.

Le congrès LR de 2021 sonne comme l’ultime baroud des deux hommes. Peltier expose soutenir un candidat fidèle aux valeurs de la droite forte. Réponse élogieuse de l’intéressé : « Merci, cher Guillaume Peltier, pour ton amitié et ton soutien puissant à quelques jours du congrès. Tu incarnes la fidélité au sarkozysme, une droite fidèle, forte et populaire qui est l’épicentre de notre famille politique Ton talent et ta force sont un atout dans cette campagne. Ensemble, nous nous battons pour rassembler tous les électeurs de droite derrière les Républicains comme l’a fait Nicolas Sarkozy en 2007. Nous nous battons pour battre Emmanuel Macron. » De cette éphémère alliance ne subsiste qu’un seul cliché… La réunion de tous les soutiens conservateurs d’Éric Ciotti dans un bar parisien, et ce dernier échange de regards complices entre l’édile niçois et feu son allié. 

Mais cette défection de Guillaume Peltier a ravivé au grand jour les rivalités et autres tensions qui rongent la branche souverainiste de LR. Julien Aubert et Guillaume Larrivé ne se sont pas fait prier pour déterrer définitivement la hache de guerre. Un règlement de compte en famille, ou sous une apparente indignation de façade.

Sur Twitter, Guillaume Larrivé tire la première salve : « Je n’ai cessé de combattre Guillaume Peltier au sein des Républicains car je pense depuis longtemps que son idéologie extrémiste n’a pas sa place au sein de la droite républicaine. Son retour dans les arrière-boutiques de l’extrême-droite est une excellente nouvelle. Bon débarras ! » Julien Aubert lui emboîte le pas sur Franceinfo. « Je rappelle que ni Eric Zemmour ni Guillaume Peltier n’ont été au RPR (…) C’est le dépit d’être mis de côté. C’est toujours un acte transgressif de quitter sa famille politique, mais je ne sais pas s’il avait beaucoup d’options. On s’y attendait un peu », note le député du Vaucluse, qui ajoute que Peltier « a l’habitude de saboter le navire sur lequel il navigue (…). C’est embêtant, car ça donne l’impression que tout ça n’est que du théâtre et que les gens n’ont pas de conviction ». 

À l’Assemblée nationale, les trois hommes siègent même côte à côté (places 163, 153). Le 05 janvier dernier, Peltier et Aubert publiaient tout sourire des photos d’eux débattant tard dans la nuit sur le passe vaccinal.

Tous les trois ont prétendu à la magistrature de LR en 2019. Les commentateurs politiques ironisaient même sur leur ambition, en les affublant du surnom des « quadras de LR ». Mais seul Peltier fit le choix de la concorde en retirant sa candidature, quand ses deux camarades persistaient dans leurs campagnes pour le congrès. Guillaume Peltier et Guillaume Larrivé ont été nommés ensemble, en 2016, porte-parole du jeune mouvement des Républicains par Nicolas Sarkozy pour la future campagne des primaires. Une collaboration que Larrivé qualifiait alors de « symbole et d’incarnation de notre famille politique ancrée sur le terrain ». Quant à Julien Aubert, il a travaillé avec le vice-président déchu dans l’équipe de Laurent Wauquiez quand celui-ci était à la tête du parti. Tous deux s’affichaient comme d’indéfectibles soutiens aux côtés d’Éric Ciotti dans l’entre-deux-tour de la primaire.  

À l’Assemblée nationale, les trois hommes siègent même côte à côté (places 163 et 153). Le 5 janvier dernier, Peltier et Aubert publiaient des photos d’eux débattant tard dans la nuit sur le passe vaccinal. Les trois hommes se sont associés à de multiples reprises dans les co-signatures d’amendements sur le système pénitentiaire, l’instauration de la responsabilité pénale des mineurs ou le port d’armes et son usage par les militaires en cas d’attaque terroriste ainsi que sur la lutte contre l’islam radical. Nul pourtant n’a oublié ces scènes de début d’année 2020, quand dans les couloirs de l’Assemblée nationale, Guillaume Peltier temporisait les ardeurs de ses collègues Julien Aubert et Guillaume Larrivé à l’endroit de la nouvelle direction du parti. La seule leçon à retenir de ce stérile psychodrame : il n’y a pas d’amitié en politique.

Même dans le Loir-et-Cher, l’influence de Pécresse se fait ressentir

Même sa terre électorale du Loir-et-Cher lui fait subir le contre-coup de son ralliement. Au département tout d’abord, où sa présence est remise en cause. Le président Philippe Gouet précise avec fermeté à La Nouvelle République qu’il, « n’y a plus aucune ambiguïté. J’avais prévenu Guillaume Peltier que s’il franchissait le Rubicon, il devrait quitter l’UPLCI [ndlr : Union pour le Loir-et-Cher et indépendants], et c’est ce qui va se passer. Je lui ai demandé aussi de démissionner de la coprésidence du groupe […]. Mais ce qui me gêne, c’est que ces derniers mois, il a soutenu Xavier Bertrand, puis Éric Ciotti, et il change encore. Je ne suis pas énormément surpris mais je suis très déçu. Je pense que c’est dangereux pour son avenir politique, mais c’est un grand garçon ». Gouet ne semble pas avoir la reconnaissance facile, lui qui doit aussi son poste et l’équilibre de sa majorité à l’influence de Peltier dans les cantons de Romorantin-Lanthenay et de Chambord, qui ont fait basculer l’opposition socialiste en sa faveur.

J’appelle les électeurs loir-et-chériens à ne pas se laisser abuser par la démarche de Guillaume Peltier et à se mobiliser pour soutenir la candidature de rassemblement de Valérie Pécresse.

Du côté de Vendôme, le parlementaire UDI Pascal Brindeau ne pardonne pas non plus ce ralliement. Terminée l’amitié, fini de s’afficher tout sourire aux côtés de Peltier. Leur binôme déambulant au zoo de Beauval, à la fête de la violette ou dans les rues de Blois, n’est plus qu’un lointain souvenir. Au Palais Bourbon, ils auront conjointement travaillé sur la préservation du patrimoine industriel ou la mise en oeuvre d’une nouvelle chaîne des territoires sur le câble. Mais pour Brindeau, l’heure est grave et il faut mettre Peltier sur la touche.

« La décision de Guillaume Peltier de rejoindre la candidature d’extrême droite d’Eric Zemmour me navre. Non le RPR, celui de Jacques Chirac, de Philippe Seguin et de Charles Pasqua n’a rien de commun avec les valeurs nauséabondes que porte dans la campagne présidentielle l’ancien journaliste polémiste ! J’appelle les électeurs loir-et-chériens à ne pas se laisser abuser par la démarche de Guillaume Peltier et à se mobiliser pour soutenir la candidature de rassemblement de Valérie Pécresse. »

Une critique qui tranche radicalement avec ce qu’il pensait élogieusement de Peltier, en 2020, lorsque celui figurait comme future tête de liste pour le Centre-Val de Loire : « L’UDI sera à vos côtés dans le combat pour gagner la région. » Brindeau affiche désormais sa préférence. Pour lui, seul compte son engagement auprès de Valérie Pécresse. Quant à Peltier, il ne veut plus en entendre parler. Fidélité quand tu nous tiens.   

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