« Face aux extrêmes, une longue bataille culturelle s’engage ». La chronique d'Erwan Le Noan

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Ce 13 juin, les marchés ont plus agi pour la réduction des inégalités mondiales que ne le fera probablement jamais Jean-Luc Mélenchon : l’effondrement des cours a fait perdre 206 milliards de dollars aux 500 plus grandes fortunes de la planète (1 400 depuis le début de l’année). Il n’est pas certain que la situation des plus défavorisés s’en soit retrouvée améliorée, démontrant une nouvelle fois que l’appauvrissement des plus riches ne fait pas l’enrichissement des plus pauvres. Qu’importe, car les déclarations anticapitalistes de celui qui a décrit Chavez comme « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste » n’ont reçu aucune contestation réellement audible dans la période électorale qui se clôt enfin. Pire, il est à craindre que celle-ci n’ait été qu’une préfiguration du mandat à venir. Un premier enseignement des élections législatives est à tirer des dynamiques partisanes. D’abord, les extrêmes sont puissants, avec plus de 55% des voix du premier tour. L’extrême gauche a montré sa capacité d’agitation médiatique (donc de nuisance politique), considérablement plus forte que son poids électoral. Sa progression à l’Assemblée promet de la démultiplier encore, portée par des financements publics désormais abondants. L’extrême droite, plus silencieuse, se renforce : elle est durablement installée dans l’échiquier politique. Ensuite, le bloc restant, rassemblant les centristes et la droite (le PS s’étant sabordé en rejoignant les alliés de Corbyn), s’effondre : au premier tour, il rassemble moins de 20% des électeurs inscrits. Le socle non populiste de notre démocratie ne repose plus que sur une portion congrue, toujours plus fragile. Pris en étau entre deux extrêmes, il est d’autant plus friable qu’il ne semble soutenu par aucune doctrine idéologique – et poursuivra d’autant plus son affaissement qu’il va subir leurs coups de butoir croisés et conjoints, au Parlement, dans les médias et dans la rue. Cynisme. Un second enseignement est que ces résultats électoraux ne sont pas fortuits : ils sont le reflet d’une longue dégradation de l’esprit démocratique dans la société française, accélérée ces dernières années. Les partis de gouvernement qui, au fil des mandats, ont multiplié les compromissions sont pour une bonne part responsables, par leurs actes ou leurs silences, de ce délitement. En adoptant la rhétorique ou les propositions des extrêmes, en leur laissant par cynisme une place large dans le débat politique, ils ont légitimé le vote en leur faveur. Ces résultats sont également l’illustration d’un affaissement de la puissance publique : ils sont la traduction concrète et immédiate d’une énigme niée par les gouvernements mais qui frappe d’évidence les citoyens, selon laquelle la France est l’Etat développé qui dépense collectivement le plus, se finançant par des prélèvements records, pour proposer des services au public pourtant si évidemment insuffisants, qui ne satisfont pas les usagers et découragent les personnels. L’efficacité de l’action publique est un enjeu déterminant qui alimente la colère sociale et, s’il n’est pas résolu, menace la pérennité démocratique. Les cinq années qui nous séparent de la prochaine élection présidentielle vont être éprouvantes. La défense de la liberté, valeur si peu considérée par les partis désormais dominants dans les urnes, en sera un combat central. C’est une bataille culturelle qui commence maintenant.

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