Etats-Unis: la primaire en Arizona, cruciale pour faire basculer le Sénat, divise les républicains

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Le parti républicain a un objectif dans l’Arizona : déloger le sénateur démocrate Mark Kelly. Mais les républicains ne sont pas d’accord sur la manière d’y parvenir. A l’approche de la primaire visant à désigner le candidat républicain pour le Sénat, le 2 août, les sondages montrent que Blake Masters prend de l’avance, après avoir reçu le soutien de l’ancien président Donald Trump ainsi que des millions de dollars d’aide pour sa campagne de la part de son mentor et ancien patron, l’entrepreneur en capital-risque Peter Thiel. Si les candidats se bousculent au portillon, les principaux rivaux de M. Masters sont l’homme d’affaires Jim Lamon et le procureur général de l’Arizona Mark Brnovich. M. Brnovich se présente en faisant valoir ses états de service en tant que représentant élu, tandis que MM. Masters et Lamon se sont positionnés comme des outsiders dans une attitude de défi. Les trois hommes ont essayé de jeter le doute, à des degrés divers, sur les résultats de l’élection présidentielle de 2020 – un sujet qui a déchiré le Parti républicain de l’Arizona, depuis que M. Trump a perdu l’Etat face à Joe Biden par un écart de 10 000 voix environ. M. Trump a refusé de reconnaître sa défaite à ce scrutin. Celui qui remportera ces primaires devra affronter M. Kelly, qui n’a pas de concurrent dans le cadre des primaires du Parti démocrate. L’Arizona, autrefois un bastion républicain inexpugnable, est devenu un champ de bataille stratégique ces dernières années. M. Kelly sera l’une des principales cibles des Républicains lors des élections de mi-mandat en novembre, où ils chercheront à prendre le contrôle du Sénat à 50-50. Son équipe de campagne a refusé de faire tout commentaire dans le cadre de cet article. M. Masters est considéré comme le favori pour l’investiture du Parti républicain, après avoir reçu le soutien de M. Trump le mois dernier. M. Trump a alors déclaré que M. Masters était « un grand penseur des temps modernes » et a cité son point de vue sur l’immigration et le fait qu’il approuve les allégations fallacieuses de fraude électorale de M. Trump comme motifs de son appui. M. Lamon, un homme d’affaires qui dit être le véritable « homme de l’Amérique d’abord », se présente avec un programme politique proche de celui de M. Masters. Il a étroitement aligné ses positions sur celles de l’ancien président, quand bien même ce dernier ne lui a pas apporté son soutien. Dans une interview accordée au Wall Street Journal, M. Lamon, qui a récemment fondé une société spécialisée dans les panneaux solaires, a déclaré que son expérience de chef d’entreprise et de vétéran faisait de lui le candidat le mieux armé pour affronter M. Kelly. Etre sénateur « est un gros travail et je pense que vous devez avoir des qualifications et connaître la façon dont ce pays fonctionne et opère », a-t-il dit. M. Lamon a déclaré que l’immigration illégale était la préoccupation principale des électeurs du Parti républicain et que l’élection présidentielle de 2020 intéressait moins les électeurs depuis que l’Etat de l’Arizona a passé de nouvelles lois, plus exigeantes, sur le droit de vote. Pourtant, M. Lamon a fait siennes les fausses allégations d’élection volée. Il a dit qu’il a financé l’audit, demandé par les partisans de M. Trump, sur les résultats des élections du comté le plus peuplé – l’audit a révélé que M. Biden a remporté l’élection – et s’est inscrit pour représenter l’Etat en tant qu’électeur sous la bannière de M. Trump, et ce, malgré la victoire du président Biden. M. Lamon a déclaré qu’il était prêt à mettre en jeu sa réputation, au cas où les résultats de l’élection seraient invalidés. M. Masters a refusé notre demande d’interview, mais par l’intermédiaire de son directeur de campagne, il a déclaré : « Le président Trump m’a soutenu parce que je suis le seul candidat de “l’Amérique d’abord” dans cette course. J’ai l’intention de battre Mark Kelly en novembre. » Les affirmations selon lesquelles il n’a pas fait assez pour lutter contre la fraude électorale ont entaché l’image de M. Brnovich auprès de certains électeurs de Trump. M. Brnovich a d’abord déclaré qu’il n’y avait aucune preuve permettant de modifier la victoire de M. Biden dans l’Etat, mais depuis, il a affirmé avoir des inquiétudes quant aux résultats de l’élection. En tant que procureur général, il a déclaré plus tôt cette année qu’il continuait à enquêter sur l’élection. Les services du bureau du procureur général ne nous ont pas répondu quand nous leur avons demandé où en était l’enquête. Dans une interview, M. Brnovich a déclaré qu’il était le candidat ayant le plus d’expérience et le seul à avoir remporté une élection au niveau de l’Etat. Il a balayé d’un revers de la main l’importance de l’appui de M. Trump à M. Masters. « Je vais vous dire exactement ce que j’ai dit au président Trump. Si la sécurité aux frontières, l’indépendance énergétique, le faible niveau de taxation et de réglementation sont importants à vos yeux, alors je suis votre homme », a-t-il dit. Pour certains électeurs, l’élection de 2020 est déterminante dans leur vote. Millie Kerber, une retraitée de 64 ans vivant à Sun City, indique ainsi qu’elle votera pour M. Masters. Elle a exclu M. Brnovich parce qu’il n’avait pas apporté son soutien à M. Trump dans sa bataille pour faire annuler les résultats des élections présidentielles. « Il aurait dû faire son travail », dit-elle. Pour d’autres républicains, le soutien de M. Trump n’a pas eu d’impact ou quand il en a eu un, il s’est avéré défavorable. Ward Triplett, 78 ans, un retraité de Glendale, indique qu’il choisira entre M. Lamon et le major général Michael T. McGuire, ex-adjudant général de la Garde nationale de l’Arizona qui se présente également. M. Triplett a déclaré que même s’il « adore le président Trump », il doit rompre avec lui parce qu’il ne pense pas que « Masters a la stature requise pour être sénateur ». Le soutien de M. Trump « ne signifie absolument rien pour moi, en fait, je le vois presque comme un élément desservant les intérêts de cette personne », confie Greg Tate, 70 ans, un retraité de Tempe qui compte soutenir M. Lamon. M. Tate a dit qu’il préférait M. Brnovich mais qu’il se demandait si le procureur général serait capable de battre M. Kelly. Alors que des groupes extérieurs mettent déjà la main au portefeuille pour favoriser leur candidat préféré, il existe un large fossé entre les fonds levés par les candidats démocrates et ceux du Parti républicain (GOP), ce qui pourrait constituer un défi pour le candidat du GOP. Selon les données de la Commission électorale fédérale du 21 juillet, M. Kelly avait collecté près de 56 millions de dollars. M. Masters, quant à lui, a recueilli près de 5 millions de dollars, dont environ 450 000 dollars provenant de ses propres fonds. M. Lamon a reçu plus de 15 millions de dollars, dont 14 millions provenant de ses propres ressources. Quant à M. Brnovich, il a récolté un peu plus de 3 millions de dollars. M. Thiel, qui n’a pas lésiné sur les dépenses pour aider J.D. Vance à obtenir l’investiture du Parti républicain pour concourir comme candidat au Sénat de l’Ohio, a investi 15 millions de dollars dans un méga comité d’action politique destiné à soutenir la candidature de M. Masters. Un sondage publié au début du mois par l’institut de sondage indépendant OH Predictive Insights, basé à Phoenix, indique que M. Masters a progressé de 16 points de pourcentage entre avril et juillet, après le soutien de M. Trump en juin, pour 25% des électeurs potentiels aux primaires du Parti républicain. Tandis que M. Lamon a gagné 2 points de pourcentage atteignant 18%, M. Brnovich a chuté de 7 points, s’établissant à 14%. Deux autres candidats émargent dans les sondages au-dessous des 10%, mais 35% des électeurs sont encore indécis. Mike Noble, directeur de recherche à l’OHPI, a déclaré qu’il était clair que M. Masters avait le vent en poupe, mais que ce n’était pas nécessairement une bonne chose pour les perspectives républicaines dans une élection générale. « Du point de vue du démocrate sortant Mark Kelly, sa pire crainte serait d’affronter Mark Brnovich », a déclaré M. Noble. M. Brnovich est considéré comme un Républicain plus traditionnel que M. Masters ou M. Lamon et il a moins à offrir pour alimenter les publicités de campagne, a dit M. Noble. Les démocrates ciblent déjà M. Masters et M. Lamon, qui ont, selon eux, des opinions trop à droite, notamment sur l’avortement, dans un Etat où les électeurs indépendants représentent un tiers de l’électorat. Plusieurs déclarations controversées ont par ailleurs valu des critiques à M. Masters. Il a notamment affirmé, en avril dernier, que la violence armée était causée « franchement par les Noirs », lors d’un enregistrement du podcast Jeff Oravits Show « Les gens veulent de l’authenticité. Ils ne veulent pas que leurs élus pratiquent la langue de bois politique », s’est justifiée Katie Miller, conseillère de M. Masters. Pour expliquer son commentaire sur la violence armée, Mme Miller a mentionné les données du Bureau fédéral d’investigation (FBI) de 2019, qui montrent que plus de meurtres ont été commis cette année-là par des Noirs que par des Blancs. Les données ne portent que sur les homicides impliquant un seul délinquant et une seule victime. Ses écrits en tant qu’étudiant, notamment le fait qu’il se soit opposé à la participation des Etats-Unis dans les deux guerres mondiales et qu’il ait cité un criminel de guerre nazi, comme l’a révélé le New York Times, ont aussi attiré défavorablement la lumière sur lui. Mme Miller a indiqué au Wall Street Journal que M. Masters s’était déjà expliqué par le passé sur ses commentaires, en arguant que citer quelqu’un ne signifiait pas qu’il approuvait ses opinions. Il a dit que ses propos contre la guerre étaient liés au fait qu’à l’époque, il désapprouvait la guerre en Irak, mais il a ajouté qu’il était allé trop loin et avait déclaré qu’aucune guerre américaine récente n’avait été juste. – Alicia A. Caldwell, Alexa Corse et Tarini Parti ont participé à cet article. Traduit à partir de la version originale en anglais par Emmanuelle Serrano.

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