En Paca, la guerre des droites est déclarée

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Ils auraient de quoi s’entendre à merveille. Coordinateur du parti Reconquête ! en Paca pour la présidentielle, Patrick Isnard ne tarit pas d’éloges sur « l’intégrité et le courage » de Philippe Vardon ou de Stéphane Ravier, ces membres du Rassemblement national dont il restera « l’ami après l’élection ». Le représentant d’Éric Zemmour dans la région lance même un appel à Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et révélation de la primaire LR, afin qu’il se détourne de Valérie Pécresse et réalise enfin le « parcours d’homme d’État dont il est capable ».

Mais les rêves d’union se dissipent déjà devant les calculs électoraux. « Nous comprenons ceux pour qui Pécresse n’est pas le choix parfait, répond l’entourage d’Éric Ciotti. Sauf qu’elle est la seule à même, aujourd’hui, de nous débarrasser de Macron au second tour. » Un avis qui fait bondir du côté du Rassemblement national, où les dernières élections municipales et régionales ont laissé des traces. « Les Républicains, Ciotti en tête, ont permis l’élection du macroniste Christian Estrosi à Nice en 2020. Puis ils ont permis l’élection du macroniste Renaud Muselier à la tête de la Région en juin dernier, lance Philippe Vardon, vice-président du groupe RN au conseil régional de Paca. Ils ne peuvent pas faire comme si ces compromissions n’existaient pas. »

La mise en ordre des Républicains

Après le virage à droite de la primaire en décembre, Les Républicains ne comptent plus se départir de leur ligne anti-Macron, à même de préserver l’unité du parti. La peur d’un “cheval de Troie” centriste durant la campagne a entraîné la mise au ban des proches de Christian Estrosi, d’Hubert Falco et de Renaud Muselier, tels les vice-présidents de région Ludovic Perney et François de Canson. « Après, quelqu’un comme Nicolas Isnard, qui est lui-même vice-président du conseil régional, soutient Valérie Pécresse avec loyauté, précise Stéphane Le Rudulier, sénateur des Bouches-du-Rhône et coordinateur de la campagne LR. Elle s’est d’ailleurs rendue volontiers à ses côtés ce 6 janvier. »

En visite à Carpentras et Salon-de- Provence, la candidate LR a de quoi se réjouir. Après avoir réuni ses ex-rivaux dans son équipe de campagne nationale, elle a gardé le soutien de tous les parlementaires LR dans la région. De quoi lancer la campagne à plein régime, en s’appuyant sur « un maillage territorial très fort, grâce à nos victoires lors des dernières élections locales », rappelle Stéphane Le Rudulier. Les comités de soutien, présents dans chaque département, complètent une organisation volontiers déconcentrée, tournée vers la société civile et les forces économiques locales.

« Valérie Pécresse va orienter sa campagne sur des villes de taille moyenne, avec des meetings au format réduit, explique le coordinateur LR en Paca. Moins de 1 000 personnes, c’est notre ligne de conduite par rapport au Covid. » Soucieux de ne pas heurter un électorat plutôt âgé et de préserver l’image du “parti de la responsabilité” face à Emmanuel Macron, Les Républicains n’entendent pas reproduire le meeting d’Éric Zemmour à Villepinte, qui avait réuni près de 15 000 personnes début décembre. « Ce serait irresponsable sur le plan politique, sanitaire et même par rapport aux acteurs culturels dont les jauges sont limitées », avance Stéphane Le Rudulier. Ce dernier prévoit ainsi une campagne qui « va davantage se jouer à travers les médias et le numérique ».

Le tourbillon Reconquête !

Une perspective qui n’entame en rien la confiance de Patrick Isnard, à la tête des troupes d’Éric Zemmour depuis le mois d’octobre, après un appel de son ami Jean Messiha. « On n’a jamais vu autant de monde se mobiliser pour un candidat en si peu de temps, sur les réseaux sociaux comme en vrai. En un mois, on approche les 15 000 adhérents en Paca et plus de 3 000 dans les Alpes- Maritimes, soit le double du Rassemblement national à son plus haut niveau. » Ancien membre du FN puis du RN, le coordinateur de Reconquête ! reste particulièrement ébahi devant le mouvement de jeunesse Génération Z qui réunit désormais, dans les Alpes- Maritimes, plus de 500 militants.

« Au RN, avec 10 jeunes, on était content. Quand on voit cette mobilisation sur le terrain, on sait qu’il va y avoir un raz-de-marée dans les urnes au premier tour. » Autre différence notable avec le parti de Marine Le Pen : le profil sociologique des adhérents, « moins ouvriers, bien plus souvent cadres supérieurs et très diplômés ». Chef d’entreprise depuis ses 20 ans, Patrick Isnard a dû ainsi multiplier les “castings” devant le nombre de personnes mettant en avant leurs compétences afin d’occuper des postes à responsabilités. « Désormais, on a des référents jusque dans la moindre ville de Paca. Et l’on fédère tout le monde avec des événements comme la galette des Rois organisée dans chaque circonscription. »

Seule ombre au tableau d’insouciance du nouveau mouvement, la quête des 500 parrainages d’élus, condition sine qua non pour se présenter à l’élection. « On est face à un système de baronnies, avec des présidents de communauté d’agglomération qui mettent la pression aux maires pour les subventions, les salaires », regrette Patrick Isnard. Et le responsable de Reconquête ! d’évoquer des maires de « petits villages des Alpes-Maritimes » menacés de perdre leur délégation en cas de soutien à Éric Zemmour. Un chantage combattu au quotidien en tentant de prendre de la hauteur. « Avec les maires, nous revenons toujours à l’essentiel : il ne s’agit pas d’une simple élection présidentielle, mais d’un choix de civilisation, d’un moment d’histoire. L’enjeu dépasse tout et ils le comprennent petit à petit. »

Au Rassemblement national, la normalisation tranquille

Face au tumulte médiatique de la candidature Zemmour, les réactions des responsables RN varient selon le degré de danger politique. « Ceux qui l’ont rejoint étaient déjà partis ou avaient été virés de chez nous depuis un moment. C’est principalement de l’opportunisme », juge Thierry d’Aigremont, délégué départemental du Rassemblement national dans le Vaucluse et coordinateur régional de la campagne présidentielle. Ce dernier reconnaît toutefois le nombre « important » d’adhésions à Reconquête !, face à l’adversité. « Je reviens d’Orange où j’ai vu des affiches de Zemmour recouvertes à la bombe du mot “facho”. C’est lui qui subit désormais la diabolisation de la part de la gauche, comme l’a connue Jean-Marie Le Pen il y a vingt ans. »

Un potentiel effet d’aubaine pour Marine Le Pen, dont l’image est « adoucie » et l’accueil « moins agressif qu’avant », comme lors de sa dernière venue à Marseille en novembre. Mobilisés depuis la rentrée de septembre, les militants RN entendent distribuer tracts et affiches de campagne sur près de 5 000 marchés durant les cent jours menant au premier tour de l’élection présidentielle, soit près d’un marché tous les deux jours dans le Vaucluse. « Les marchés sont une façon, en extérieur, d’être à la rencontre des électeurs, de prendre le temps de discuter. On va véritablement occuper le terrain. »

Dans une région ancrée à droite, les cadres nationaux du parti, nommés “ambassadeurs”, vont également se succéder auprès des militants dans les prochaines semaines. De Jean-Lin Lacapelle à Hervé Juvin, l’objectif est de montrer « un front réellement uni, face à l’armée mexicaine » des Républicains. « Ils ont beau tous se rejoindre derrière Pécresse, c’est quand même un sacré bordel chez LR, lance Thierry d’Aigremont. Dans le Vaucluse, ils ont été obligés d’annoncer les investitures pour les législatives dès le mois de décembre, afin d’éviter l’explosion pendant la présidentielle. Ça montre à quel point ils sont fébriles. »

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