Election présidentielle: la Colombie entre dans l'inconnu

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

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Spécialiste de l’Amérique latine, Colombien d’origine, Luis Martinez est professeur à la Harris school of public policy de l’Université de Chicago. Comment expliquez-vous les résultats du premier tour de la présidentielle colombienne, avec le score décevant du candidat socialiste Gustavo Petro et celui, inattendu, du populiste Rodolfo Hernandez ? Gustavo Petro était en tête des sondages et la question a longtemps été de savoir s’il allait réussir à être élu dès le premier tour. Mais c’est quelqu’un de très clivant. Il a des inconditionnels mais il fait peur à nombre d’électeurs. La Colombie n’a jamais eu de président aussi à gauche dans son histoire ! Comme lors de la présidentielle 2018, son principal défi est, aujourd’hui, de se recentrer. Cela a toujours été une difficulté pour lui. On savait qu’il arriverait en tête, la question était de savoir contre qui. De ce point de vue, l’irruption de Rodolfo Hernandez est une surprise. Les partis politiques classiques ont organisé des primaires auxquelles il n’a pas participé. On ne savait pas trop quel poids il avait auprès de l’électorat, même si les sondages laissaient entrevoir qu’il pourrait être un outsider. La politique colombienne de ces vingt dernières années a été dominée par la droite et Alvaro Uribe (sénateur de 1986 à 1994, gouverneur puis président de la République de 2002 à 2010, l’homme est l’objet de nombreuses controverses quant à ses liens avec les narcotrafiquants et les paramilitaires). C’est sur son terrain que Rodolfo Hernandez est allé chasser, même si c’est un candidat indépendant, difficile à cataloguer. Comment peut se passer la transition avec l’uribisme? Les Colombiens se trouvent entre le marteau et l’enclume, entre deux choix compliqués. Difficile donc de parler de transition en douceur quel que soit le vainqueur entre Gustavo Petro et Rodolfo Hernandez. On ne peut pas dire que le programme du candidat socialiste (hausse des impôts pour les plus riches, réforme des retraites et du système de santé, hausse des dépenses sociales) bénéficie de beaucoup d’appuis politiques. Si sa coalition est la première force du Parlement, il ne dispose pas d’une majorité. Il lui sera difficile d’appliquer son programme. Quant à Rodolfo Hernandez, on ne sait pas vraiment ce qu’il veut. C’est un populiste comme on en a vu émerger un peu partout dans le monde. Il parle de nettoyer le marais politique, de s’attaquer aux corrompus mais il n’y a pas de substance derrière cela. On voit mal comment il pourra coopérer avec le Congrès. Avec qui pourrait-il gouverner? Il se targue de ne pas avoir un seul parlementaire derrière sa candidature. Cela paye peut-être au niveau rhétorique auprès d’électeurs dégoûtés par le système politique mais, sans appui au Congrès, je ne vois pas ce qu’il pourra faire. La lune de miel risque de ne pas durer longtemps. Sans appuis, il va être très vite exposé. Il y a donc de quoi s’inquiéter… Oui. Honnêtement, je ne crois pas que dans quatre ans, nous nous trouverons dans une situation meilleure que celle d’aujourd’hui, même si la Colombie a besoin d’être réformée, de s’attaquer aux inégalités et à la violence qui secoue une partie du pays en dépit de l’accord de paix. Je ne suis pas sûr qu’un des deux candidats puisse répondre aux défis qui se présentent.

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