Des comiques et des hommes

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Croyant son micro fermé, l’humoriste Jean-Paul Rouve a qualifié le zemmourien Antoine Diers de “tête de fin de race” en direct à la télévision.


Par les hasards de l’actualité politique et artistique, on voit se croiser sur les plateaux de télévision des personnalités qui appartiennent à des catégories très différentes. Un soir où Yann Barthès recevait Jean-Paul Rouve dans son émission “Quotidien”, j’ai pu en distinguer deux.

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C’était une de ces oppositions claires et nettes, un de ces antagonismes qui donnent envie de commencer une démonstration par cette phrase qui fait très réplique de film : “L’humanité se divise en deux catégories”…

Deux mondes

Il y a ceux qui sont engagés en politique quand un danger menace la patrie et ceux qui sont engagés par des producteurs quand un cachet figure au contrat. Ceux qui s’exposent en terrain médiatique hostile pour diffuser leurs idées, qu’on moque et qu’on ridiculise, devant qui on est méprisant et injurieux et ceux qui s’exposent devant les photographes pour diffuser leur image, qu’on brosse et qu’on show-bise, devant qui on est courtisan et obséquieux. Ceux qui servent l’État, qui se retroussent les manches pour des projets de société avec leurs concitoyens et ceux qui se servent de l’État et tendent la main pour des projets de film sans spectateurs. 

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Ceux qui en 40, entraient en résistance face aux boches dans un pays occupé et ceux qui entraient en scène devant des parterres d’Allemands dans des théâtres bondés. Il n’y avait peut-être pas beaucoup de « Jean Moulin » mais il y avait encore moins de « Jean Gabin ». Il y a ceux qui ont le courage d’être eux-mêmes, droits, entiers, dignes et vrais et ceux qui jouent à être les autres, souples, multiformes, en costume et pour de faux. Il y a ceux qui donnent dans l’être et ceux qui font dans le paraitre, il y a les hommes d’action et il y a les acteurs.

La petite caste des artistes

Ce soir-là, à “Quotidien”, l’acteur comique Jean-Paul Rouve, débraillé et mal rasé, pensant qu’il était hors antenne, lançait à la figure du politique Antoine Diers, bien mis et à l’allure datée : « Il a une tête de fin de race, celui-là ». Ce n’est pas la première fois qu’une star de la télé ou de la chanson vient sur un plateau insulter un politique. On se souvient du père Bedos ou de la fille Higelin et de leur mépris affiché pour Nadine Morano. « C’est une conne » avait-il dit. « Elle est vulgaire » avait-elle ajouté. C’est à leur morgue décomplexée qu’on reconnait les aristocrates de notre République. C’est, avec le népotisme, l’un des privilèges de cette nouvelle caste que sont les artistes et que nous avons placée au-dessus de tout le monde, parce qu’en jouant de grands hommes, ils font rire et pleurer les foules sentimentales que nous sommes. Mais il ne faudrait pas oublier que sans l’armée des ombres, sans ces Français héroïques, Melville, Ventura, Signoret, Cassel, Reggiani et tous les autres ne seraient qu’eux-mêmes et seraient moins lumineux, et moins admirés.

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Un jour peut-être, dans des années ou dans des décennies, un film sera tourné pour raconter aux petits Français l’épopée zemmourienne que fut la reconquête française au début du 21ème siècle ! On prendra un acteur, un Rouve du futur pour incarner le personnage d’Antoine Diers, premier des fidèles, premier engagé volontaire dans la bataille. 

On peut imaginer les recommandations du réalisateur qui devra diriger le comédien : « Mets-toi dans la peau du personnage coco, concentre-toi et imagine que tu as des idées, des convictions, de la détermination, du courage, fais comme si tu te fichais d’être impopulaire, hué, moqué par des divas, des planqués, des cons et des conformistes ! Pense que tu es porté par quelque chose de plus grand que toi, par une mission historique, héroïque, épique, politique, oublie que tu es un pantin, fais-moi croire que tu es quelqu’un, un vrai mec qui n’a pas que du ricanement mais aussi un cœur vaillant, et des couilles. Allez hisse-toi à la hauteur du personnage, surprends-moi, surprends-nous, coco! »

Et comme le Rouve à venir aura sûrement autant de talent que le nôtre, je suis sûr qu’il arrivera à tromper son monde et à nous faire vibrer… pour Antoine Diers.

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