CGT : critiqué en interne, lâché par les militants, Philippe Martinez est-il dépassé ?

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Avec sa moustache « morse » épaisse et large, Philippe Martinez a des airs de vieux gaulois. Réfractaire, pour paraphraser Emmanuel Macron ? Le soixantenaire, à la tête de la CGT depuis 2015, tient une ligne radicale : lutte contre le patronat, promotion des 32 heures de travail, smic à 1 800 euros bruts mensuels. Des revendications claires qui laissent peu de place à la négociation avec ses interlocuteurs, qu’ils soient chefs d’entreprises ou membres du gouvernement.

Si le style de Philippe Martinez rappelle les origines espagnoles du personnage, il fait aussi écho à ses racines communistes. Car le communisme coule dans les veines de Philippe Martinez : fils d’une famille anti-franquiste convaincue — son père était soldat des Brigades internationales —, il développe très tôt une forte conscience politique. Dès ses années de lycée à Rueil-Malmaison, il milite aux Jeunesses communistes, avant d’intégrer le PCF. Après vingt années de loyaux services, il quitte le parti communiste pour la CGT. Véritable icône du monde syndicaliste, l’ex-technicien métallurgiste gravit les échelons jusqu’à en devenir le secrétaire général.

Philippe Martinez, le va-t-en guerre de la réforme des retraites

Alors, quand le gouvernement a annoncé son projet de réforme des retraites, Philippe Martinez a aussitôt appelé les Français à se mobiliser. Invité du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI ce dimanche, Philippe Martinez a menacé de couper le courant aux élus favorables à la réforme des retraites, ainsi qu’aux milliardaires. « Je voudrais suggérer quelque chose, et ça, je le revendique : qu’on essaye de faire vivre quelques heures ou quelques jours, aux milliardaires, la situation que vivent des millions de foyers en précarité énergétique, qui, eux, n’ont pas le choix, et ont leur électricité coupée. À Monsieur Bolloré par exemple. Je l’assume publiquement ».

Philippe Martinez n’y va pas de main morte. Après les grèves du 19 janvier, le secrétaire de la CGT a appelé à une mobilisation « encore plus forte le 31 ». L’objectif, faire plier le gouvernement sur l’âge de départ à la retraite.

Pour Raymond Soubie, président du groupe de conseil en stratégie sociale Alixio, la lutte s’annonce difficile. « Si par victoire sur la réforme des retraites, on entend abandon de celle-ci, je ne pense pas que les syndicats gagneront, constate-t-il. Tout simplement parce que le président de la République et le gouvernement perdraient tout crédit politique s’ils abandonnaient leur réforme. D’autre part, après leurs affirmations demandant le retrait du texte, les syndicats n’ont pas réellement ouvert la porte des négociations ». Il faut dire que Raymond Soubie s’y connait en négociations syndicales : ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, c’est à lui qu’est revenue la difficile tâche de mettre en œuvre la réforme des retraites de 2010.

S’il craint un dialogue difficile entre le gouvernement et les syndicats,c’est d’abord à cause de l’affaiblissement de ces derniers. « Comme les partis politiques, et largement pour les mêmes raisons, les syndicats sont aujourd’hui moins reconnus qu’il y a dix ans. On le voit dans les enquêtes d’opinion : ils ont moins d’impact sur les salariés, qui ne se reconnaissent plus autant en eux. D’autres signes caractérisent ce décrochage relatif : baisse du nombre d’électeurs aux élections professionnelles ainsi que du nombre de leurs adhérents, plus grande difficulté à renouveler les responsables syndicaux dans les entreprises, faute d’enthousiasme des jeunes adhérents ». En témoigne la multiplication des mobilisations en-dehors de tout cadre syndical, comme à la SNCF en décembre dernier, où lors du mouvement des Gilets Jaunes.

La CGT est le syndicat le plus touché par ce « décrochage ». La mobilisation massive contre la réforme des retraites cache une tout autre réalité. Au fil des décennies, la centrale syndicale a vu ses adhérents mettre les voiles. En 2017, la CFDT lui a même pris sa place de premier syndicat du privé. Et lors des dernières élections professionnelles organisées en décembre 2022, la CGT a encore perdu du terrain. Un échec que beaucoup attribuent à Philippe Martinez, jugé trop autoritaire et radical. Raffineries bloquées, coupures de gaz… les méthodes de l’homme à la moustache ont cassé le dialogue social avec le gouvernement, sans lui octroyer la confiance de la base.

« Il est clair que la CGT d’aujourd’hui n’est plus celle d’il y a dix ans, constate Raymond Soubie. Les fédérations dominantes ne sont pas pour les compromis, les divisions internes rendent la tâche du secrétaire général difficile et enfin le déclin relatif de l’organisation ne facilite pas les prises de responsabilité dans un dialogue organisé. Les autres organisations FO, CGC, CFTC, CFDT sont fidèles à leur tradition ».

Lors du congrès de mars prochain, Philippe Martinez ne se représentera pas pour reprendre la tête du syndicat. Il laissera à son successeur un héritage morcelé et un syndicat éloigné de tout dialogue avec le gouvernement.

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