Castaner, Ferrand, Mignola… La majorité présidentielle décapitée

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Cet article est paru en premier sur https://www.lopinion.fr/

https://beymedias.brightspotcdn.com/36/a0/0bf0f1ab42b79cd3e3d7ca116a32/croploose.jpg

Pour prendre conscience de l’ampleur du naufrage macroniste lors de ces élections législatives, il faut voir les grandes figures tomber. Deux défaites claquent plus que les autres dans le brouhaha de ce second tour. Dans la 2e circonscription des Alpes-de-Haute-Provence, Christophe Castaner, président sortant du groupe LREM, est défait par celui qu’il avait vaincu en 2017, le candidat de la Nupes, Léo Walter. L’ancien ministre de l’Intérieur récolte 48,51% des suffrages exprimés. « Je prends acte du résultat dans ma circonscription, avec une grande tristesse. (…) Je souhaite le meilleur à Léo Walter et à nos Alpes-de-Haute-Provence », a-t-il rapidement réagi sur Twitter. A l’autre bout de la France, dans la 6e du Finistère, Richard Ferrand, président de l’Assemblée, a dû lui aussi « prendre acte » de sa défaite dans une courte déclaration. Avec 49,13% des voix, il est battu d’une courte tête par la candidate de gauche, Mélanie Thomin. Vertige d’une soirée qui, au sortir de l’élection présidentielle, promettait une large victoire aux soutiens d’Emmanuel Macron. Ce dernier perd ce soir deux rouages essentiels de sa majorité qui n’en est plus une. Christophe Castaner et Richard Ferrand ont rejoint le chef de l’Etat en 2015 avant même qu’il ne débute sa marche vers l’Elysée. Le Breton avait joué un rôle essentiel dans l’adoption de la loi pour la croissance et l’activité portée par le ministre de l’Economie de l’époque. Le Provençal avait, lui, participé très tôt aux dîners organisés à Bercy par le ministre de François Hollande. Basculement à droite. La chute de ces deux figures de la gauche de la macronie illustre avec éclat son basculement à droite. Que reste-t-il des anciens socialistes passés à En Marche en 2017 ? Ils seront moins de dix à siéger encore sur les bancs du Palais Bourbon. Jacqueline Maquet (Pas-de-Calais), Olivier Dussopt (Ardèche), Florent Boudié (Gironde), Jean-Louis Bricout (Aisne), Patrick Vignal (Hérault) et Stéphane Travert (Manche) sont assurés d’en être. Combien possèdent un capital politique suffisant pour peser sur la conduite de la politique du chef de l’Etat ? Beaucoup moins. Christophe Castaner et Richard Ferrand pouvaient se targuer, par exemple, d’avoir obtenu la nomination à Matignon d’Elisabeth Borne alors que l’élue de droite Catherine Vautrin était pressentie. La Première ministre apparaît aujourd’hui fragilisée. La majorité sortante perd également le président du groupe MoDem à l’Assemblée. Dans la 4e circonscription de Savoie, Patrick Mignola perd de 600 voix face au candidat de la gauche, Jean-François Coulomme. Castaner, Mignola, Ferrand. Le départ de ce trio plonge Emmanuel Macron dans l’embarras et ce à très court terme. Dès cette semaine, il va falloir trouver des successeurs aux deux principaux groupes parlementaires de la macronie, groggy par la débâcle. Puis, la semaine suivante, un candidat rassembleur pour tenter d’accéder à la présidence de l’Assemblée nationale sans aucune garantie de l’emporter compte tenu de l’éparpillement des forces en présence. « Très clairement, les électeurs se sont payé les visages identifiés du macronisme », réagissait en début de soirée un conseiller de l’exécutif. Dans la Creuse, par exemple, Jean-Baptiste Moreau, député au verbe haut, parmi les premiers investis en 2017, est battu (48,56%). De nombreux Marcheurs réélus constituaient, eux, la majorité discrète du groupe LREM dans le premier quinquennat. Ainsi, l’ADN d’En Marche a muté d’un parti des métropoles à une formation des campagnes. Les deux circonscriptions de la Nièvre restent LREM, qui conquiert la 1re des Ardennes et la 2e du Haut-Rhin, réalisant au passage un quasi-carton plein dans ce département cher à la droite (5 sur 6). Jeunes pousses. Les stratèges macronistes ont complètement manqué leur pari : faire entrer de nouveaux profils rompus au jeu politique et compter sur la masse de sortants réélus pour constituer l’ossature, expérimentée, du groupe. Les jeunes loups qui ont échappé à la défaite vont devoir rapidement digérer les codes parlementaires pour combler le déficit d’expérience créé par le départ des « grognards ». Dans cette catégorie se trouve Bastien Marchive (Deux-Sèvres), Quentin Bataillon (Loire), Antoine Armand (Haute-Savoie), Benoît Bordat (Côte-d’Or), Louis Margueritte (Saône-et-Loire), Charles Sitzenstuhl (Bas-Rhin), Louise Morel (Bas-Rhin), Hadrien Ghomi (Seine-et-Marne), Maud Bregeon (Hauts-de-Seine). Bien que jeune, ce petit groupe passé par des postes de collaborateurs parlementaires, de conseillers de collectivités locales ou de membres de cabinets ministériels peut toutefois s’appuyer sur une connaissance de l’arène politique. Certains d’entre eux ont été à bonne école : Louis Margueritte, Charles Sitzenstuhl et Charles Rodwell (bien parti pour être élu dans les Yvelines) ont tous fréquenté le cabinet du ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Il y a au moins un vainqueur en macronie ce dimanche soir.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*