BP mise gros sur un mégaprojet d'hydrogène vert en Australie

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BP a pris la tête d’un projet estimé à plus de 30 milliards de dollars visant à produire massivement de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables dans l’Outback australien. Un investissement considérable dans un carburant de substitution prometteur, dont la demande augmente mais qui reste encore très coûteux. Le géant pétrolier britannique a annoncé qu’il prenait une participation de 40,5 % dans le consortium, appelé Asian Renewable Energy Hub, et qu’il en deviendrait l’opérateur. Ce projet, un des plus grands dans « l’hydrogène vert » à ce jour, devrait s’étendre sur environ 6 500 kilomètres carrés, soit plus que la superficie du département du Var. Ce pôle énergétique fait partie du petit nombre de mégaprojets dans l’hydrogène qui attirent des investissements de plus en plus importants, y compris de la part d’entreprises traditionnellement spécialisées dans les combustibles fossiles. L’hydrogène apparaît comme un vecteur susceptible de réduire les émissions de CO2 dans une série de secteurs — transport routier et maritime, sidérurgie, fabrication d’engrais — , qui participent au réchauffement climatique mais dont l’impact carbone est difficile à diminuer. La récente flambée des prix du gaz naturel, amplifiée par la guerre de la Russie en Ukraine, et les initiatives mises en œuvre par l’Europe pour se sevrer des combustibles fossiles russes ont accéléré le soutien des gouvernements à l’hydrogène vert dans le monde entier. Les analystes et les investisseurs estiment que ce carburant est nécessaire pour compléter et, à terme, supplanter le gaz naturel, y compris sous sa forme liquéfiée (GNL) que les pays d’Europe et d’ailleurs s’empressent actuellement d’importer. « Nos acheteurs de gaz et de GNL d’aujourd’hui sont nos clients de l’hydrogène vert de demain », affirme Anja-Isabel Dotzenrath, vice-présidente exécutive de BP pour le gaz et les énergies à faible teneur en carbone. Conformément à l’accord conclu avec BP, les partenaires du consortium, InterContinental Energy et CWP Global, posséderont respectivement environ 26 % et 18 % de la centrale. Des filiales de Macquarie en détiendront, elles, environ 15 %. Alex Hewitt, directeur général de CWP Global, explique que BP va apporter dans le berceau son expertise en matière d’ingénierie, son expérience en matière de gestion de projets complexes sur des sites reculés et sa connaissance du commerce mondial de l’énergie. Un porte-parole d’InterContinental Energy n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Une porte-parole de Macquarie a, de son côté, refusé de réagir. Contrairement au gaz naturel, l’hydrogène émet de l’eau lorsqu’il est brûlé comme combustible et non du dioxyde de carbone, qui participe au réchauffement climatique. Mais il est difficile à transporter et à stocker, et la version écologique de l’hydrogène, fabriquée à partir d’électricité renouvelable par électrolyse, est actuellement beaucoup plus chère que les carburant fabriqués à partir de pétrole et de gaz naturel. L’Australie-Occidentale, une région reculée et peu peuplée, est un endroit idéal pour développer l’hydrogène vert en raison de son ensoleillement élevé, de la force des vents et de sa proximité avec l’océan, qui favorise le transport maritime et l’utilisation de l’eau de mer qui, selon les développeurs, pourrait être convertie en hydrogène et en ammoniac. En tournant à plein régime, le projet espère générer jusqu’à 26 gigawatts d’énergie — ce qui équivaut à environ un tiers de la production totale d’électricité en Australie en 2020 — et utiliser cette électricité pour décomposer l’eau en hydrogène et en oxygène afin de produire de l’hydrogène vert, ainsi qu’un produit dérivé appelé ammoniac vert. L’objectif du consortium est de fournir annuellement environ 1,6 million de tonnes de ce carburant — ou l’équivalent en ammoniac vert —, en commençant la production d’hydrogène dès 2027. A titre de comparaison, l’Union européenne s’est fixée comme ambition de produire 10 millions de tonnes de ce carburant, tout en important le même volume, en 2030, pour remplacer le gaz, le charbon et le pétrole. Parmi les clients cibles du projet, en cours de conception depuis 2014, figurent l’industrie minière australienne et de futurs importateurs, dont le Japon et la Corée du Sud. Mme Dotzenrath, ingénieur en électricité et ancienne directrice générale de RWE Renewables, a rejoint BP en mars, date à laquelle la société avait déjà bien avancé dans ses discussions sur le projet australien. Selon elle, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a accéléré la transition énergétique et l’élan général vers l’hydrogène et les énergies renouvelables, notamment en Europe. Le projet australien est de loin le plus important du portefeuille d’activités à faible émission de carbone de BP. La compagnie prévoit d’y consacrer plusieurs milliards de dollars sur toute sa durée de vie, mais n’a toutefois pas divulgué plus de détails. The Australian avait déjà rapporté que la major britannique avait l’intention de rejoindre le consortium. BP et ses partenaires devront surmonter les préoccupations environnementales qui ont conduit l’ancien ministre de l’Environnement du pays à rejeter, l’année dernière, la version la plus récente du projet. Mme Dotzenrath indique que BP et ses partenaires travaillent pour atténuer ces risques, ce qui pourrait impliquer la reconfiguration de certaines parties du programme. Le ministère australien de l’Environnement déclare de son côté que le consortium n’a pas encore soumis de nouveaux documents. Bernard Looney, directeur général de BP, a annoncé que l’entreprise souhaitait détenir 10 % des « principaux marchés » mondiaux de l’hydrogène en 2030. A l’instar de son grand rival britannique, Shell, BP tente de trouver un équilibre entre ses bénéfices pétroliers et gaziers, importants mais souvent volatils, et les exigences des investisseurs et des gouvernements en faveur d’une énergie émettant moins de gaz à effet de serre. Et ce, sans pour autant compromettre ses revenus. Les analystes, les défenseurs de l’environnement et les grandes compagnies d’électricité affirment que le monde a besoin de l’hydrogène vert pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement de la planète à moins de 2 degrés Celsius —et idéalement à 1,5 degré — par rapport aux niveaux préindustriels. Mais la feuille de route pour y parvenir n’est pas encore très claire, constatent de nombreux partisans de l’hydrogène vert, une énergie qui alimente les espoirs déçus depuis des années. « Nous n’en sommes pas encore au stade de la commercialisation », prévient Fiona Simon, directrice générale de l’Australian Hydrogen Council, en parlant de la filière. L’inflation et les tensions sur les marchés du travail sont au nombre des obstacles à surmonter. « Sur le plan commercial, il existe de sérieux risques liés aux coûts, à la logistique et à la chaîne d’approvisionnement », souligne Maria Yee, une analyste chez le consultant en énergie Wood Mackenzie basée à Singapour. « Mais la bataille ne fait que commencer » , ajoute-t-elle. Cela étant, la flambée des coûts du gaz naturel, de l’essence et du gazole, ainsi que les préoccupations relatives à la sécurisation des approvisionnements énergétiques, stimulent les perspectives de l’hydrogène, selon les analystes de Goldman Sachs. La banque estime que son prix pourrait être équivalent à celui du gazole pour le transport par poids lourds sur de longues distances dès 2027. Il n’en reste pas moins, qu’au total, 5 000 milliards de dollars d’investissements seront nécessaires pour mettre en place la logistique mondiale de l’hydrogène propre, si on prend en compte les électrolyseurs, le transport, le stockage et les technologies de capture du carbone. (Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

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