Arnold Gehlen : de la culture

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Aux prises avec l’éternel débat qui entend distinguer ce qui chez nous relève de l’inné et de l’acquis, du naturel et du culturel, notre esprit chavire face à l’homme, « créature lacunaire » comme l’écrit Herder (poète et philosophe allemand du XVIIIe) dont on ne sait si elle possède pour elle-même des dispositions originelles que rien ne saurait altérer. C’est à partir de cette définition, qui revient en mantra tout au long de son œuvre, qu’Arnold Gehlen (1905-1976) entend bâtir, à la suite des philosophes allemands Max Scheler et Helmuth Plessner, une anthropologie philosophique capable d’appréhender l’homme selon sa nature propre, celle selon lui d’un être entièrement culturel qui se constitue en projetant son image dans le monde qui l’entoure afin de se saisir par le biais de cette projection.

Son livre majeur, L’Homme, sa nature et sa position dans le monde, publié en 1940 et réédité en 1962 après avoir été amendé, entreprend ce programme de description de l’homme à partir de ce que Gehlen nomme le cercle de l’action, hiatus qui lui offre la possibilité de réguler ses impulsions, toujours excédentaires, lesquelles nécessitent un apprentissage ayant pour but le « soulagement » que la culture satisfait en tant qu’elle figure le moyen pour l’homme de survivre dans un monde qui lui serait fatal s’il ne le transformait pas pour le rendre adéquat à son habitation.

Rien de ce qui semble naturel chez l’homme ne l’est, y compris les instincts, qu’il réduit à quasi rien dans sa somme, avant de les réhabiliter quelque peu par la suite

De là, pour Gehlen, le caractère proprement humain de la technique, qu’il ne perçoit pas comme une menace contrairement à nombre de ses contemporains, dans la mesure où elle manifeste le caractère culturel de l’homme qui travestit la culture en automatisme si bien qu’on la confond presque chez lui avec la nature. Autrement dit, rien de ce qui semble naturel chez l’homme ne l’est, y compris les instincts, qu’il réduit à quasi rien dans sa somme, avant de les réhabiliter quelque peu par la suite, notamment sous l’influence de Konrad Lorenz (biologiste autrichien et titulaire du prix Nobel de médecine de 1973). […]

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