Antoine Volodine : sublime cauchemar

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

C’est dans un futur délabré et insituable, au sein d’un asile en ruines, que Breton, schizophrène persécuté par la police, voit surgir depuis l’espace noir des filles armées venues venger Monroe. Exécuté par le Parti, celui-ci, depuis sa mort, prépare la purge des traîtres et la reprise en main de l’appareil politique. Dans ce monde concentrationnaire où règne une ambiguïté permanente, l’administration fonctionne pourtant toujours, presque à vide, pour un monde d’insanes et de déjà-morts qui répètent comme des mantras des slogans politiques désuets dont l’optimisme et le volontarisme jurent avec le panorama désastreux. Il pleut en permanence, les lampes diffusent une lumière hésitante et faible, les minuteries renvoient les passants aux ténèbres, les rails du tramway sont déserts et des câbles pendent sans plus rien transmettre : cette atmosphère rappelant Eraserhead de Lynch donne lieu à une profusion d’images bizarres et saisissantes dignes de toiles de Bosch qui illustreraient un enfer récent.

Une obsession toujours neuve

Plus beckettien que jamais, Volodine nous livre un « En attendant Monroe » aux ressorts théâtraux qui lui permettent de renouveler l’art du dialogue. Breton, schizophrène, se dédouble, se conseille, se critique, se conforte ; les morts usent d’un langage grossier et ne répondent aux questions qu’on leur pose qu’en passant par un tiers dans un état semblable ; les arbres font de bons confidents durant l’errance, fût-ce à l’état de porte ; les facultés télépathiques de certains personnages rompent l’équilibre normal de l’échange. L’humour du désastre caractéristique du post-exotisme gagne ainsi de nouvelles modulations caustiques et c’est l’un des miracles de l’art volodinien que de déployer sans cesse des ressources formelles inédites pour ruminer le même matériau obsessionnel et sombre. Le rapport entre différence et répétition s’y joue dans une formule exaspérée. […]

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