Antifas : comment la police traque et riposte

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Au téléphone, sa voix est embarrassée. « Nous ne pouvons rien dire sur le sujet » , glisse l’officier du Service d’information et de communication de la Police nationale (Sicop), contacté par nos soins. Pourquoi ce silence ? « Cela mettrait en difficulté le travail des enquêteurs. » Impossible de savoir officiellement comment les forces de l’ordre appréhendent le mouvement “antifa”. Pour obtenir des réponses, Valeurs actuelles s’est tourné vers diverses sources policières, qui ont accepté de répondre en off. Parmi elles, un ancien haut gradé de la police conteste d’emblée l’idée selon laquelle cette mouvance serait une sorte de nébuleuse flottante, sans structure, ni organisation.

« La force de l’extrême gauche radicale est de faire croire qu’elle est une nébuleuse pour mieux déjouer la vigilance de l’État, alors qu’elle est très structurée », glisse cette source, prenant exemple sur les mouvements trotskistes et sur le groupe terroriste Action directe. Comment expliquer autrement la minutieuse préparation des militants antifas en amont des manifestations ? Quand on est antifa, on ne va pas au combat comme on va au cinéma. Il y a d’abord la tenue, sombre, des pieds à la tête, pour mieux déjouer les tentatives d’identification policières. En cas d’interpellation, les antifas connaissent aussi parfaitement leurs droits. Plusieurs sites d’extrême gauche donnent des conseils pratiques pour se protéger de la police et des sanctions judiciaires. Parmi eux : « refuser la comparution immédiate » , « garder son T-shirt sanguinolent si c’est le cas », « proscrire le numéro de tous ses amis/ camarades » dans son répertoire téléphonique, ou encore celui-ci, largement utilisé selon des agents : « s’écrire sur la main (ou connaître par cœur) le numéro d’un avocat ».

« Il leur arrive même de louer des appartements sur les zones de manifestation pour y stocker leurs vêtements et leur matériel, et ainsi déjouer les barrages de police à l’entrée. La clandestinité fait partie de leur ADN » , indique une source. De fait, difficile de vouloir renverser l’État et ses institutions sans s’attirer l’attention de la police. Et plus particulièrement du Service central du renseignement territorial (SCRT), qui agit sur l’ensemble du territoire français, excepté la région parisienne, laquelle revient à la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP).

« Les services de renseignement font généralement un gros travail en amont, notamment avec les services étrangers, pour les empêcher de nuire »

Avec la DGSI, pour les cas les plus dangereux, ces différents services gardent un œil sur les divers “foyers antifas” essentiellement répartis à Paris et dans les métropoles de l’ouest de la France : Nantes, Rennes, mais aussi Toulouse, Montpellier, ou encore Lille ou Lyon. Outre les mouvements de contestation, comme les Zad (zones à défendre) ou les manifestations, que les antifas sont habitués à noyauter, ces derniers s’attaquent aux évènements géopolitiques, tels que les G20, G7, Cop ou sommets de l’Otan, « mais les services de renseignements font généralement un gros travail en amont, notamment avec les services étrangers, pour les empêcher de nuire » , glisse une source.

En aval, sur le terrain, ce sont principalement les CRS, les compagnies d’intervention (CI) ou les gendarmes mobiles qui ont la charge de contenir les violences commises par les antifas, appuyés par les brigades anticriminalité (Bac), plus agiles, voire, dans certaines villes, par les très efficaces brigades de répression des actions violentes motoportées (Brav-M). « Depuis les “gilets jaunes”, nous sommes davantage incités à aller au contact pour interpeller et casser les groupes constitués en Black Blocs » , précise un jeune gardien de la paix, farouchement hostile à cette mouvance politique qui ne cesse de faire valoir sa profonde détestation de la police. Ce qui lui fait dire que « forcément, quand on peut aller au contact, ça fait plaisir, et on y va. Mais sans faire n’importe quoi, bien sûr ».

D’autant que les médias, si prompts à s’insurger contre les “violences policières”, restent étrangement silencieux lorsqu’il s’agit de dénoncer celles commises par les antifas. « C’est l’une des principales différences entre l’extrême droite radicale et l’extrême gauche radicale, confie une source. La seconde mouvance, bien que plus dangereuse parce que plus nombreuse et plus déterminée, est soutenue par une large partie de la classe politique et médiatique de gauche. »

Cette pression médiatique, le magistrat Charles Prats en a fait les frais. En avril 2019, en tant que juge des libertés et de la détention, il traite le cas du militant antifa Antonin Bernanos, accusé d’avoir sauvagement agressé un militant d’extrême droite en marge de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame. Il s’avère que le jeune antifa avait déjà fait l’objet d’une première condamnation en octobre 2017 pour son implication dans la spectaculaire attaque d’une voiture de police, quai de Valmy à Paris. Pour éviter une nouvelle récidive, le magistrat décide de placer Antonin Bernanos en détention provisoire. Et rejette plusieurs demandes de remise en liberté estimant que « les faits objets de l’instruction ont été d’une rare violence, commis lâchement par une bande s’étant attaquée à une personne seule, selon le mode opératoire habituel des “antifas” ».

L’article 3 de la loi anticasseur censuré

Cette décision n’est pas du goût de la presse de gauche qui s’empresse de voler au secours de son chouchou chahuteur. Elle dénonce la partialité du magistrat, à qui elle reproche notamment un tweet daté de mars 2019, dans lequel celui-ci dénonçait l’incendie d’une banque à Paris par des militants d’extrême gauche, mettant en danger les habitants de l’immeuble. « Les conséquences des exactions des “antifas” et autres nervis d’extrême gauche… », avait écrit, à raison, Charles Prats sur Twitter.

Au-delà du cas Prats, les réponses pénale et politique peinent à seconder les moyens déployés par la police face aux violences antifas. L’article 3 de la loi “anti-casseurs”, votée en plein mouvement des “gilets jaunes” en mars 2019, devait justement permettre aux préfets d’interdire à des individus représentant « une menace d’une particulière gravité » de manifester pendant un mois, et ainsi de renforcer les dispositifs déjà existants, comme le système de pointage au commissariat pour les antifas déjà connus des services de police, lors des mouvements sociaux. Il a finalement été censuré par le Conseil constitutionnel.

Le cas de Villepinte, où Éric Zemmour a tenu un meeting le 5 décembre, est lui aussi particulièrement parlant. Sur la cinquantaine d’antifas interpellés, puis placés en garde à vue pour avoir manifesté contre ce meeting, cocktail Molotov à l’appui, la plupart sont ressortis libres et sans poursuites dans les jours suivants. Une semaine plus tard, Gérald Darmanin annonçait la dissolution d’un groupuscule violent… d’ultradroite.

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