Alexis Kohler, cible d'une macronie déboussolée

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La défaite est orpheline, mais elle est bavarde. Avant même qu’elle ne soit officialisée, dimanche au soir du deuxième tour des législatives, la macronie sondait ses faiblesses. Deux campagnes (l’une morne bien que victorieuse, l’autre calamiteuse), un Président en panne d’inspiration, la promesse d’une nouvelle méthode avec le maintien des parangons de l’ancienne : Elisabeth Borne, nommée Première ministre, et Alexis Kohler. Depuis le début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, le secrétaire général de la présidence de la République aimante les critiques. Doublure parfaite du chef de l’Etat, centralisateur par tempérament et par souci d’efficacité, à la fois aimable et autoritaire, il est devenu le symbole d’un pouvoir technocratique et qui ne veut rien lâcher. Les cadors politiques de la macronie l’étrillent, à commencer par François Bayrou, mais aussi Christophe Castaner ou Richard Ferrand. A un proche qui lui disait, avant les législatives, qu’il ferait un bon Premier ministre, l’ex-député du Finistère répondait : « Kohler ne voudra jamais. » Battu aux législatives, Richard Ferrand a désormais de nouvelles raisons de dire : « Kohler m’a tuer ». Certains préfèrent s’exprimer à l’abri de l’anonymat, c’est plus tranquille. Ainsi ce conseiller de l’Elysée a-t-il créé un faux profil sur Twitter, notamment pour l’alimenter en méchancetés sur Alexis Kohler. Aucun asile n’est étanche : démasqué par un proche de Macron, il a aussitôt effacé son compte. Saltimbanque. Si Alexis Kohler occupe cette place centrale, c’est qu’il rassure le Président et corrige ses défauts. Emmanuel Macron est un saltimbanque, qui court d’une idée à l’autre, toujours en quête de radicalité intellectuelle ; Alexis Kohler occupe le registre du géomètre, celui qui sait qu’on ne peut pas transformer un rectangle en cercle. Un temps, Emmanuel Macron, sensible aux critiques adressées à son bras droit, s’est posé la question de son maintien auprès de lui. Il l’a tranchée : Alexis Kohler est toujours là. Le chef de l’Etat s’est même agacé des piques, de plus en plus pointues, ciblant son bras droit. « Quand on affaiblit le principal collaborateur du Président, on affaiblit le Président », affirme Ismaël Emelien, ancien conseiller à l’Elysée. L’irritation présidentielle naît de la multiplication d’articles et ouvrages pointant le rôle central du secrétaire général, mettant en lumière la guerre des clans à l’Elysée, symbole d’un pouvoir qui se délite. A la fin de mars, L’Express révèle une confrontation sur la question de l’éducation, lors d’un dîner à l’Elysée. Alexis Kohler propose d’indexer la rémunération des professeurs sur les résultats de leurs élèves. François Bayrou, ancien ministre de l’Education nationale, s’insurge vertement contre ce système punitif. Tout récemment, le 15 juin, L’Express fait état d’une autre réunion. Le 11 avril, après que le Président a évoqué un recul de l’âge de la retraite à 64 ans et non plus à 65 ans, un échange musclé intervient entre lui et Alexis Kohler : ce dernier plaide pour le maintien des 65 ans. Le président rétorque : « Je ne tue pas mon quinquennat pour un totem auquel je n’ai jamais cru. » Mousquetaires. La Tribune fait état de tensions entre le Président et son bras droit. Deux journalistes, Louis Hausalter et Agathe Lambret, affirment dans leur livre L’Etrange victoire ( L’Observatoire) qu’Alexis Kohler a exigé que Clément Léonarduzzi, conseiller spécial d’Emmanuel Macron, spécialiste de la communication, et Jonathan Guémas, conseiller discours, quittent l’Elysée pour le QG de campagne de la rue du Rocher quand Emmanuel Macron s’est lancé dans la bataille présidentielle – officiellement pour des questions d’éthique, en réalité pour les éloigner. Les deux hommes sont accusés de s’épancher sur le secrétaire général en termes peu flatteurs par une partie des collaborateurs historiques du Président. Ces Mousquetaires accompagnent Emmanuel Macron depuis 2016. Ils ont officiellement quitté la macronie, mais sont restés proches de son chef. Une célèbre photo les a fixés, montant les marches du palais de l’Elysée, le 14 mai 2017, jour de la première investiture présidentielle. On y voit Sibeth Ndiaye, entourée de Sylvain Fort, Benjamin Griveaux, Julien Denormandie, Ismaël Emelien, Jean-Marie Girier. David Amiel ne figure pas sur ce cliché, mais il fait partie de ce petit groupe qu’Emmanuel Macron a autorisé à parler pour défendre Alexis Kohler. Ce que l’Elysée dément aujourd’hui : « Le temps est à l’action au service des Français », dit-on dans l’entourage présidentiel. Il l’était avant, et cette Guerre des boutons, inhérente à la nature humaine, traduit aussi la gouvernance macronienne. Le Président dit aimer tous ses enfants, quelle que soit leur date d’arrivée auprès de lui, mais il ne cesse de les mettre en concurrence. C’est le cas pour Clément Leonarduzzi et Jonathan Guémas, soupçonnés d’être les bavards du sérail, confrontés à une partie de l’équipe de campagne. Aujourd’hui le premier est retourné chez Publicis (c’était prévu) et tient à préciser qu’il a tourné la page. Le second, encore à l’Elysée, va l’y retrouver à la fin du mois, comme l’a révélé l’Opinion. Complémentarités. Interrogés, tous deux démentent en bloc les critiques contre Alexis Kohler, le lien entre cette mésentente supposée et leur départ, la révélation de tensions internes. « Non seulement Alexis Kohler n’est pour rien dans mon départ, que j’ai annoncé dès le premier jour de mon arrivée à l’Elysée, mais les différences entre nous ont été moindres que les complémentarités et ont permis d’aboutir à une réélection historique qui doit avant tout au candidat », souligne Clément Léonarduzzi. Il tient à préciser que tout cela est désormais du passé pour lui. Jonathan Guémas, lui aussi, trouve la mixité féconde : « La diversité de l’équipe du Président est un enrichissement pour ceux qui ont la chance de l’entourer et une force pour le pays. Le reste est sans importance et relève de l’instrumentalisation. » C’est beau comme un communiqué du G7. Pour mieux dire qu’il faut circuler car il n’y a rien à voir, Clément Léonarduzzi s’appuie sur… Emmanuel Macron : « J’ai lu dans Le Figaro et dans la Tribune, selon des propos rapportés, que le secrétaire général ne m’appréciait pas, ce qu’il a toujours réfuté. Je le crois. Dans Le Figaro, j’ai aussi lu une citation du Président. » La voici : « Gestion de crises historiques, pédagogie de l’action menée, stratégie de la campagne présidentielle : la vision, l’expertise, la franchise, la capacité d’entraînement et le sens du pays de Clément ont été très précieux ces deux dernières années », dit le chef de l’Etat au quotidien dont la Une proclame : «Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». Darwinisme. La crispation actuelle entre les anciens et les nouveaux a mijoté tout au long de la campagne. Ismaël Emelien a conservé un rôle de conseiller officieux depuis son départ de l’Elysée. Il se trouve en concurrence avec Clément Leonarduzzi sur les questions de mesure de l’opinion et de stratégie. C’est David Amiel qui fait le programme en lien avec Alexis Kohler, mais Jonathan Guémas aime bien y mettre sa patte. Pour la préparation du débat avec Marine Le Pen, le Président n’est pas satisfait du premier dossier, préparé par Léonarduzzi et Guémas ; il en demande un autre à Amiel et Emelien. Les lois du travail en équipe ou celles du darwinisme ? Il était clair, dès l’été 2021, que Clément Leonarduzzi serait le futur directeur de la communication de la campagne. Un rôle lui revenant tout naturellement. « Tout était préparé dans ce sens, affirme un membre du commando historique. On aide Clément à constituer son équipe, mais le jour où il faut quitter l’Elysée, il fait un refus d’obstacle et voit dans ce transfert la volonté de l’éloigner. Il a fallu lui montrer des notes de juristes indiquant qu’il était nécessaire de clarifier les choses, afin de le convaincre de s’installer rue du Rocher. » Peut-être qu’Alexis Kohler ne lui a pas signifié son déménagement avec beaucoup de ménagements. A peine Clément Leonarduzzi a-t-il plié bagage qu’un panneau « Travaux de réfection » s’affiche sur la porte de son ancien bureau, raconte L’Express. Comme si l’on voulait se débarrasser de lui avant même la fin de la campagne… Clip. Les blessures d’orgueil se nourrissent aussi de frictions sur la ligne (au demeurant sinueuse) suivie pendant la campagne : quand les uns veulent aller à droite, les autres penchent à gauche. Et vice versa. Dès que le big boss approuve les premiers, les seconds se sentent en insécurité. A l’Elysée, certains ont entendu Jonathan Guémas (qui le dément) dire : « Ce sera lui ou nous » – lui, c’est Kohler. Les historiques se font un plaisir de rappeler que la websérie « Le candidat », pilotée par Clément Léonarduzzi, n’a pas eu un gros succès. Les « vieux » conseillers trouvent que les plus récents ont le cuir encore bien frais à s’étonner des propos parfois anguleux du président. « Gouverner c’est faire des choix, dit l’un d’entre eux. Quand on est collaborateur, il faut accepter qu’on vous parle de manière rugueuse. Mais le président n’est jamais insultant, pas le genre à dire “T’avais piscine?” ou “T’as fait la sieste ?”… Qu’Alexis Kohler défende la retraite à 65 ans, c’est son rôle. J’ai souvent vu Emmanuel Macron le retoquer, son propos peut être vif. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il y ait des tensions entre eux. » Mais même les macronistes les mieux disposés envers le secrétaire général sont persuadés qu’Alexis Kohler est épuisé par huit années de tandem avec Emmanuel Macron. Et qu’il faut du sang neuf à l’Elysée. La question est quand.

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