Alex Beaupain reprend Gainsbourg

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

En reprenant « Love On The Beat », le chanteur de 47 ans s’attaque au disque le plus licencieux de Serge Gainsbourg. Ouf, les woke de Quotidien lui ont épargné leurs habituelles leçons de morale.


Je connais mal Alex Beaupain (je l’ai croisé sur mon lieu de travail, sans lui parler, alors qu’il accompagnait Françoise Fabian). En tout cas, beaucoup moins bien que Serge Gainsbourg dont j’écoute les disques depuis l’adolescence, sans trêve, et avec un plaisir constant. À mon réveil ce matin, je découvre qu’Alex Beaupain vient de sortir sa version de l’album « Love On The Beat ». C’est un album étrange, qui m’a toujours fasciné, mais dont les imperfections d’arrangements et de production me gênaient. Il est pourtant essentiel dans l’œuvre de Gainsbourg. Essentiel, parce qu’il dit beaucoup de lui ; et qu’il dit ce que d’autres de ses disques ne disent pas. C’est un disque poisseux, vicieux, presque méchant. C’est aussi un disque qui montre Gainsbourg comme on ne l’a jamais vu : il y apparaît en drama queen. Ce n’est pas un terme que l’on accolerait au personnage. Et pourtant.

Les anciens de Canal + parviennent parfois à abandonner leur prêchi-prêcha vertueux pour défendre l’un des leurs!

Des paroles scandaleuses

Le plus souvent, de cet album on parle de « Sorry Angel », peut-être sa chanson la plus désespérée ; et évidemment de « Lemon Incest », pour en dire des niaiseries pudibondes. Mais peu de personnes parlent de titres plus étonnants comme « I’m The Boy » et « Kiss Me Hardy ». Titres où l’on y entend, par exemple :

“Homme parmi les hommes
dans le noir ou l’ivoire
recherchant les symptômes
d’orgasmes illusoires.”

Ou :

« D’un tableau de Francis Bacon
Je suis sorti
Faire l’amour avec un autre homme »

Des mots abominables qui ne gênent pas Yann Barthès

Je ne crois pas que le grand public, comme on dit, sache que celui qui le scandalisera (ou l’amusera, au choix) par son « I want to fuck you » à Whitney Houston (deux ans après la sortie de « Love On The Beat »), écrivait ces mystérieux vers. Ce n’est pas rien pour un artiste populaire de cette envergure. Et pourtant, pourtant, je ne crois pas que l’on remarqua ces singularités au travers du torrent d’autres vices décrits dans sa poésie froide et étrangement voluptueuse. On peut désormais s’amuser de voir Beaupain sur le plateau de « Quotidien » parler de cet album. S’amuser de voir que la gauche urbaine, ex-Solferino, n’ose rien dire à cet allié, même lorsqu’il chante des titres sur les mineures (« No Comment ») ou l’inceste (« Lemon Incest »). Comme quoi, les anciens de Canal + parviennent parfois, quand ils le veulent, à abandonner leur prêchi-prêcha vertueux pour défendre l’un des leurs, et retrouvent les parfums de scandale des années 80. Scandale à géométrie variable, en l’occurrence. Gainsbourg a réussi un coup incroyable en vivant sans trêve comme un homme de droite (luxe, aristocratisme, etc.) sans jamais être renié par la gauche.

Alex Beaupain ne se cache pas d’être bisexuel. C’est peut-être un détail. Mais c’est cet album qu’a choisi Alex Beaupain. Peut-être au hasard ; peut-être pas.

A la fin de sa vie, Alain Bashung enregistrait l’intégralité de l’album « L’homme à tête de chou » et sans doute devait-il se sentir lui aussi suffisamment proche de cet autre album pour l’incarner. Cette fois-ci, Alex Beaupain, à sa manière, est parvenu à mettre en lumière ce qui faisait l’originalité (que trop peu ont vu) de « Love On The Beat ». Il y ajoute des cordes melody nelsoniennes qui reviennent comme des arabesques. Ces motifs sonores récurrents que Gainsbourg avait voulu (c’est aussi le cas dans « Melody Nelson », dans « L’Homme à tête de chou », dans « You’re Under Arrest ») ressortent plus intensément, comme par contraste aux nappes synthétiques, dans cette nouvelle adaptation.

Ce disque des années 2020 corrige ce qui a vieilli et appuie sur ce qui faisait le sel des interprétations originales. Cette fois, c’est une version revue et corrigée de ces années 80 sublimes et visqueuses, voluptueuses et froides, élégantes et sales. C’est Gainsbourg chez le Christophe Honoré de « Plaire, aimer et courir vite » ; c’est Gainsbourg fatigué des nuits au Palace ; c’est Gainsbourg dans l’appartement secret d’Alex Beaupain qui, sans doute, je l’avoue, a peut-être aussi bien compris Love On The Beat que son créateur lui-même. 

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