A l’Assemblée, la macronie connaît son premier accroc interne

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C’est une variante de la fièvre du samedi soir qui ne fait danser personne mais qui agace les macronistes. Il est 22h28, samedi 23 juillet, quand les ailes droite et gauche de l’hémicycle se lèvent et applaudissent. Contre l’avis du gouvernement, les députés viennent d’adopter un amendement qui prévoit de compenser la revalorisation du RSA en exigeant de l’Etat qu’il verse 120 millions d’euros aux départements pour la seule année 2022. Le problème devient interne à la majorité quand les macronistes découvrent que treize députés du groupe Horizons, soutiens d’Edouard Philippe, ont voté en faveur de cet amendement contre la consigne de vote de Bruno Le Maire. Tous les voyants clignotent soudainement au rouge. Il n’est plus question de collectivités locales mais de rapports de force sur fond de succession à Emmanuel Macron. « Le sujet, c’est la compétition que se livrent Bruno Le Maire, Edouard Philippe et Gérald Darmanin pour mettre la main sur Les Républicains », juge un cadre de la majorité. Juste avant le vote, le ministre de l’Economie avait bien essayé de décourager l’adoption de cet amendement : « Ceux d’entre vous qui sont réellement attentifs aux finances publiques ne voteront pas ces dispositions. » L’argument visait les députés Horizons dont le leader, Edouard Philippe, répète qu’il veut « remettre de l’ordre dans nos comptes et dans la rue ». Du côté d’Horizons, on préfère considérer cette pique comme « un mouvement d’humeur » de Bruno Le Maire même si l’on assume un agacement contre des macronistes qui oublieraient trop souvent de travailler avec eux. « Certains n’ont pas saisi qu’un seul groupe ne fait pas la majorité », tranche un député philippiste. Œillades. Les troupes d’Emmanuel Macron répondent sur le fond. A l’exception du Lot, aucun département n’aurait de problème de surcoût lié à la revalorisation du RSA. L’exécutif était par ailleurs d’accord pour abonder un fonds de réserve en cas de dégradation des comptes des collectivités locales. En réalité, le problème porte sur la forme. Horizons prend mal les œillades lancées par les macronistes aux seuls Républicains. « Nous avons récupéré les simulations chiffrées relatives à la hausse du RSA par le biais des LR, s’étrangle un député d’Edouard Philippe. Il n’y a pas d’huile dans les rouages. » Flotte en effet un parfum d’improvisation. Le problème des finances des collectivités locales avait déjà agité les travaux en commission, bien avant la séance de samedi dernier. A deux reprises, le gouvernement avait été battu à propos des revalorisations du RSA et du point d’indice des fonctionnaires. Le rapporteur général du budget, Jean-René Cazeneuve (Renaissance) avait cru trouver un terrain d’entente avec les LR. 150 millions d’euros seraient provisionnés pour aider les collectivités locales en difficulté. Mais dans l’hémicycle, samedi, les LR se sont dérobés. De quoi agacer un peu plus encore les députés Horizons qui demandent à être davantage associés aux discussions que Les Républicains, dans l’opposition et jugés non fiables. Résultat : d’un raté sur un amendement, le gouvernement se retrouve à gérer dans l’urgence un accroc politique. Déjà, samedi, tous les groupes de la Nupes ont défilé au micro pour réclamer des suspensions de séance jusqu’à ce que Bruno Le Maire annonce son soutien à un amendement socialiste visant à créer le principe d’une compensation selon trois critères (hausses du RSA, du point d’indice des fonctionnaires et des prix de l’énergie). Intergroupe. Lundi matin, dès 8h30, puis juste avant la reprise des travaux parlementaires, à 17 heures, le ministre de l’Economie a mené des discussions avec tous les groupes de députés. « C’est exactement ce que l’on demandait depuis le début : une négociation en amont et pas un truc conclu entre deux portes », observe-t-on chez Horizons. D’autant que l’électricité dans l’air a réveillé la gauche. La députée LFI Caroline Fiat souhaite que le budget rectificatif de l’Etat prenne en compte des hausses de salaire pour la fonction hospitalière territoriale et les services de soin à domicile municipaux. Le président du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (Liot), Bertrand Pancher insiste, lui, pour que les communes et intercommunalités ne soient pas oubliées dans les compensations financières imposées à l’Etat. L’effet « boule de neige » risque de faire passer une mise en minorité, un samedi soir, en une note qui dérape pour l’Etat et en une crise de confiance au sein de la majorité présidentielle. Il est temps pour celle-ci de s’organiser. Contrairement à la Nupes, aucune structure d’intergroupe entre Renaissance, MoDem et Horizons n’existe encore.

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