150 journalistes de gauche veulent “invisibiliser” Eric Zemmour

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

La tribune des journalistes publiée sur un blog de Mediapart est en réalité un texte parodique et ubuesque d’une intelligence folle.


À la tautologie démesurée par laquelle s’exprime la société actuelle, il faut répondre par des tautologies parodiques ; […] à son comique involontaire par un comique lucide.

Philippe Muray

Certains se sont émus, dans un sens ou dans l’autre, d’une tribune parue sur le Club de Mediapart le 23 octobre. Intitulée “Journalistes, nous ne serons pas complices de la haine”, cette tribune appelle tous les journalistes à combattre ou à invisibiliser les « personnes prônant des idées fascistes, racistes, xénophobes, sexistes, etc. » Parcourue rapidement, elle a tous les aspects d’un besogneux papier militant dont Mediapart, Le Monde ou Libération se font généralement les porte-parole. Pourtant, après l’avoir lue attentivement, je crois pouvoir affirmer que cette tribune est un… canular, un texte parodique et ubuesque écrit non pas par des journalistes « respectueux-ses des valeurs démocratiques » mais par quelques joyeux lurons, amateurs de Jarry et experts en contrefaçon journalistique et progressiste. Je l’affirme et je le prouve :

Cette tribune est écrite en écriture dite inclusive. Cette dernière étant maintenant monnaie courante dans les milieux universitaires et certains médias de gauche, le lecteur pense d’abord que son utilisation dans cette tribune va donc de soi. Pourtant, lisant avec attention, il se demande pour quelles raisons il ne peut s’empêcher de sourire. Perspicace, il comprend soudain qu’il est confronté à un papier outrancier, un pastiche imitant le style “inclusif” et le poussant jusqu’aux extrêmes limites de la lourdeur cocasse par le simple fait de sa redondance. Exemple : « […] nous, journalistes socialement engagé-es pour la défense de ces droits fondamentaux, nous désolidarisons des grand-es patron-nes de médias, directeurs et directrices de rédaction, animateurs et animatrices, chroniqueur-ses, confrères et consœurs, etc. » Je dois dire que j’ai moi-même beaucoup ri en lisant cette phrase ubuesque, ce qui était évidemment le but recherché par les auteurs. Le même but a été atteint lorsque j’ai lu quelques lignes plus loin : « Nous, journalistes, choisissons de nous placer du côté des droits humains, des droits de toustes les humaines. » Cerise sur le gâteau, ce « droits de toustes les humain.e.s » semble tout droit sorti d’Ubu roi. Ventrebleu, de par ma chandelle verte, comme dirait le père Ubu, je supputais que l’écriture inclusive fût de la merde pour analphabètes ; les auteurs de cette plaisanterie en apportent la très drôle et intelligente confirmation.

En toute subjectivité

Ces joyeux libellistes feignent de défendre des “personnes” dont la longue liste hétéroclite montre en vérité l’insincérité et la crétinerie de ceux qui les défendent si péniblement dans des tribunes qui n’ont, elles, rien de parodique : « Nous assumons notre subjectivité et nous plaçons donc du côté des personnes précaires, des personnes persécutées, opprimées et marginalisées, des personnes LGBTQI+, des travailleur-ses du sexe, des personnes racisées, des juif·ve·s et des musulman·e·s de France, des migrant·e·s, des personnes victimes de violences policières. » Sans doute les auteurs ont-ils hésité à allonger cet inventaire inclusif en y ajoutant pêle-mêle les handicapé.e.s, les végétarien.nes, les malentendant.e.s, les nain.e.s, et, pourquoi pas, le Père et la Mère Ubu et toute l’armée polonaise. Mais, de par ma chandelle verte, trop eût été trop. Les facétieux auteurs ont bien entendu volontairement restreint leur liste déjà gratinée afin que les moins perspicaces des lecteurs médiapartiens continuent de lire ce papier au premier degré. Ce qui n’a pas manqué d’être le cas, comme nous le verrons plus loin.

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Le style pompier et supposément antifasciste de cette tribune parodique est très réussi. Tout y est. Dès la première phrase les auteurs taquinent nos neurones et nous mettent sur la piste : « En ces temps de campagne présidentielle qui véhiculent toujours plus d’idées nauséabondes et contraires au respect des droits humains, etc. » Nous laissant à peine le temps de respirer entre deux secousses intercostales, ces trublions affirment que « la subjectivité, tout comme la liberté d’expression, ne peuvent en aucun cas servir de caisse de résonance aux pires moments de notre histoire pour en faire un revival infect. » Puis ils nous servent de magnifiques formules boursouflées écrites à la manière des journalistes les plus incultes : « Nous, journalistes, choisissons de nous placer du côté des droits humains » ; ou « Nous continuerons à porter nos valeurs » ; ou encore « Nous, journalistes, sommes très au clair sur nos combats. » Ces emphases congestives écrites dans un français de cour de récréation d’école du journalisme ont un effet comique indéniable. Manifestement, les rédacteurs et les lecteurs de Mediapart n’y ont vu que du feu. Il faut vraiment s’appeler Edwy Plenel ou Éric Fassin pour lire ce genre de prose au premier degré et sans se pisser dessus de rire. 

Un texte très fort

Le sommet de ce texte parodique est atteint dans l’avant-dernière phrase, une pure bouffonnerie mêlant écriture inclusive absurde et style badiouesque : « Nous, journalistes promoteurices des droits humains, combattrons ces idées rances et dangereuses. » Les lecteurs de Mediapart n’étant visiblement pas habitués au second degré (et/ou n’ayant pas lu Ubu Roi), certains se sont offusqués de lire que des journalistes pouvaient être « promoteurices » de quoi que ce soit ; tandis que d’autres, tout aussi imperméables à l’humour parodique, se sont offusqués de lire les commentaires de ces « défenseurs du français momifié ». C’est la force d’un texte parodique totalement réussi : personne ne l’ayant lu avec la distance ironique indispensable, chacun défend sérieusement son point de vue. 

Je ne sais pas qui sont les véritables auteurs de cette drôlerie. D’ailleurs certains des signataires de la tribune sont anonymes, ce qui ne manque pas de piquant. Mais qu’ils sachent qu’ils ont ensoleillé ma semaine.

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